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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 14:31

 

 

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Enfants ukrainiens en 1933


"Ah, les jolies colonies des goulags..."

Aujourd'hui encore, certains font preuve d'indulgence, presque de nostalgie, envers leurs attendrissantes erreurs de jeunesse et les horreurs perpétrées au nom de cet idéal qui fait tant rêver. Et pourtant, si, la lucidité était possible. Certains ont vu (cf Raymond Aron, L'Opium des Intellectuels. Voir aussi, un siècle plus tôt, les analyses de Bakounine et Feuerbach qui avaient vu, déjà, chez Marx, le père intouchable, la dérive totalitaire inévitable de sa dictature du prolétariat et de sa religion sans dieu).

Ainsi lisait-on récemment à propos d'un documentaire sur "Les Rescapés du goulag" que des Juifs furent sauvés de l'Holocauste "grâce" aux goulags, ces joyeux camps de remise en forme.

Certes, dans le chaos des années de plomb et la loterie des déportations, certains ont pu échapper à la peste en survivant au choléra. Mais est-ce bien honnête de ne pas mentionner aussi que, durant le pacte germano-soviétique, Staline renvoyait à Hitler les Juifs qui fuyaient les persécutions nazies ? Qu'il déporta des dizaines d'ethnies rétives à la collectivisation de ses républiques dans les mêmes wagons à bestiaux, les rayant simplement de la carte ? Qu'il génocida par une famine organisée entre 4 et 6 millions de paysans ukrainiens en une seule année ? Que les SS prirent modèle sur les goulags ("Vingt ans d'expérience feront toujours la différence") pour construire leurs camps de concentration et leur appareil totalitaire, au cours de voyages d'étude et de stages organisés entre bons camarades ?  Qu'on y envoyait pour des années des ouvriers à cause de quelques minutes de retard à l'usine ? Qu'on y fusillait sans sommation pour un pas titubant de travers dans les rangs, considéré comme une tentative de fuite ? Qu'on pratiquait aussi, dans certains camps et dans les asiles psychiatriques, d'effroyables expérimentations médicales ? 

N'est-ce pas cautionner les pires abominations de sous-entendre que déporter, torturer, exécuter, épuiser aux travaux forcés, génocider, affamer des millions de personnes, c'est "moins grave", "plus humain", si c'est pour une idée généreuse comme le communisme et non à cause de la haine raciale ?

Ca lui fait une belle jambe, au supplicié, qu'il ait été sacrifié au nom de la dictature du prolétariat et pas de son ethnie !

La seule mesure éthique en ces domaines est la souffrance humaine. Toute autre ratiocination est monstrueuse.

Même Poutine s'incline à Katyn, c'est dire ! Mais s'il faut payer chaque massacre reconnu par le crash d'un avion, ça va finir par coûter cher.

 

***

Rappel de quelques modestes bilans approximatifs (pour cause d'archives toujours verrouillées et souvent supprimées) : 

Staline : 20 millions de morts, dont environ 5 millions de paysans ukrainiens affamés méthodiquement en 1933. 

Mao : 60 millions de morts, dont 30 millions lors du Grand Bond en avant de 1958, dix ans avant les défilés d'étudiants maoïstes en mai 1968. Ceux-là mêmes qui continuent inlassablement, la conscience immaculée, de stigmatiser le moindre contradicteur en l'accusant de fascisme.

 

Vous reprendrez bien un peu de décence ?

 


Version longue de l'article publié dans l'Hebdo du Vendredi le 16 avril 2010

 

 

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Published by Anne Paulerville - dans Chronique : Le mot du jour
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