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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 02:17
Tout au long de l’année, le Centre Culturel Saint-Exupéry propose de nombreux spectacles et expositions, et des ateliers artistiques variés : un aperçu en ce mois de juin.

Situé de l’autre côté du canal, comme on dit à Paris « de l’autre côté du périphérique », le Centre Saint Exupéry bénéficie pourtant de l’illustre voisinage de la Comédie, et fait figure d’honorable ancêtre fort dynamique. « D’abord foyer créé en 1947, il devient au fil du temps une MJC, mais demande sa désaffiliation afin de devenir un centre de ressources axé notamment autour du numérique, labellisé « Espace Culture Multimédia ». En effet, situé en face d’une friche industrielle, l’appellation MJC ne correspondait pas à une réalité, puisque le public concerné était réparti sur l’ensemble de la ville, et non ancré dans un quartier. Grâce à ce nouveau label obtenu dans les années 2000, le centre St Exupéry voit son rayonnement s’accroître » précise Emmanuel Villie, responsable de l'organisme. Le Centre Ressources axe son développement en particulier autour du numérique, avec notamment l’exposition d’œuvres monumentales lors des « Nuits Numériques » des 23 et 24 octobre prochains. « Aujourd’hui, les activités du centre s’organisent en deux grands pôles : l’accueil des œuvres d’artistes reconnus, et la quarantaine d’ateliers auxquels participent entre 600 et 700 personnes. » 
Après des expositions consacrées à Thomas Dupouy en février (La musique est quelque chose que produit votre esprit) ou en mai dernier à l’univers artistique d’Audrey Armand (La caresse), voici en juin le mois où le travail de l’année s’expose : ainsi demain 18 juin pourra-t-on assister à diverses auditions des ateliers animés tout au long de l’année. 
En musique d’abord, il y en a pour tous les goûts : flûte traversière (animé par Christine Géraut), guitare classique et moderne (Cédric Gressent), piano (Alice Rahola et Garance Coquart), violon (Perrine Anquetin), violoncelle (Céline Royer), batterie (Olivier Durand).
Mais le centre propose aussi d’autres activités : danse africaine (Corinne Souagnon), danse contemporaine (Luisa Ferreira), hip-hop (Franck Settier), atelier théâtre pour enfants et adolescents (Elena Lloria ), mais aussi pour adultes (Jean-Michel Guérin), ou encore danse Modern Jazz (Amandine Denis), dont le spectacle aura lieu jeudi 25 juin à 20h.
Sans oublier les expositions préparées par les ateliers de dessin (FX. Letournelle et S. Hermant), de bande dessinée (Toma Bletner), de typographie (Nicole Pérignon), de reliure (Dominique Néouze), le club scientifique des « Petits Débrouillards », l’atelier « Mascottes et héros » (Hélène Paris).
Une occasion de se faire une idée de ce que l’on peut y réaliser, et de réserver d’ores et déjà une place dans son agenda pour les inscriptions dans les ateliers de la rentrée, dès le 1er septembre, avant même la journée portes ouvertes du 12. 


Publié dans l'Union sous nom marital le 17 juin 2009
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 01:57
  Pour le dernier spectacle de la saison, la semaine prochaine, le Manège se met au vert : vous ne verrez plus jamais votre jardin et ses objets rassurants du même œil.

« Nous naissons tous fous. Quelques-uns le demeurent. » Cette citation de Beckett, (dont la dernière représentation rémoise de son emblématique « En attendant Godot » aura lieu ce soir à la Comédie) s’applique à merveille aux deux pitres qui se démèneront jeudi, vendredi et samedi prochain sur la scène du Manège. 
Ce n’est pas un(e) grain(e) de folie qu’ils plantent dans leur jardin, c’est le chaos qu’ils sèment. Impossible, après les avoir vus, de contempler d’un œil serein une brouette sans se méfier : en certaines mains, elle peut se livrer à une étrange danse. « Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » Nul doute que Lamartine ne se poserait plus la question après avoir observé les déhanchements de la brouette ou les facéties d'un tuyau d’arrosage qui se prend pour le cercle d'eau (ou de feu) au centre duquel le tigre jardinier se contorsionne : ces outils-là ne sont pas plus inertes qu’inoffensifs, et rien moins qu’apaisants. Si après ces combats épiques, une sieste en hamac vous tente encore, inaltérable est votre sérénité. 
Rien de plus logique pourtant pour des acrobates que de s’approprier les outils du jardinier, puisque « jusqu’en 1979, les arts du cirque relevaient exclusivement du ministère de l’agriculture ». Une telle révélation laisse perplexe, tant tout oppose les deux univers : quand jongleurs et trapézistes ne cessent de défier la pesanteur et de s’approprier les airs, le paysan se courbe sur la terre, toujours aussi basse ; et difficile de trouver plus contraire à l’enracinement des terriens que les chapiteaux qui volent de ville en ville avec la liberté des nomades. Passons.
Toujours est-il que Jean-Paul Lefeuvre (d’abord dessinateur industriel) et Didier André (titulaire d’un brevet professionnel agriculture et élevage) ne sont plus à une transgression près : après des études au tout jeune CNAC de Châlons d’où ils sortent en 1989, ils bravent aujourd’hui avec héroïsme la superstition selon laquelle le vert est proscrit au théâtre, et repeignent couleur gazon l’éternel duo entre l’auguste et le clown blanc. « Dans ce lieu qui ne ressemble pas tout à fait à un Eden, le ver est déjà dans la pomme, [puisque se joue ici la] version bucolique de l’opposition bien connue entre maître et valet » pour emprunter l’expression de Guillaume Schmitt dans la  plaquette de présentation. 
Ou comment faire flèche de toute fleur. 


Publié dans l'Union sous nom marital le 30 mai 2009
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 00:23

Dans le cadre du festival Méli’mômes, le Manège accueille l’adaptation pour la scène d’un conte taoïste, où percussionnistes et acteurs oeuvrent de concert.

Ce vendredi 10 avril, ce sera au tour du Manège de livrer ses planches, non à un menuisier, mais à un tailleur de pierre. Rien à craindre donc pour la sécurité de l’édifice, pas plus que pour la vertu des chastes oreilles qui seront invitées à écouter la morale de la fable. Car il s’agit là d’un conte initiatique dont votre progéniture ressortira plus sage qu’à l’entrée. Et ce service-là n’a pas de prix.
En outre, si vous n’êtes pas satisfait de votre sort et aspirez à être khalife à la place du khalife, ce conte est fait pour vous rasséréner : « à défaut de transformer le monde, autant le comprendre et s’en accommoder. » Là est le fondement du discours stoïcien, mais avouez que se l’entendre raconter en images est nettement plus divertissant. 
Jugez vous-mêmes. 
Pour rappel, le taoïsme désigne une sagesse inspirée par le personnage plus ou moins mythique de Lao Tseu qui vécut en Chine au VIème siècle avant notre ère. Prodigue en fables, le taoïsme a fécondé le langage courant plus encore que les morales de notre La Fontaine national. Et rien de plus puissant qu’une métaphore pour faire passer un message. (Etymologiquement, une « méta-phore » signifie que l’on « trans-porte » le sens abstrait d’une idée vers le sens concret d’une image : toute culture est un tissu de métaphores.)
Har est un petit tailleur de pierre mécontent de son maigre salaire, qui envie grandement la richesse de son patron. Comme dans tout conte qui se respecte, se présente donc un bon génie qui lui propose de le transformer en ce qu’il souhaite. S’ensuit alors une série de métamorphoses qui lui font gravir un à un les échelons de la société, jusqu’au statut suprême de roi. Mais Har s’aperçoit que, si haut que l’on se trouve dans la hiérarchie, on n’en demeure pas moins simple humain, soumis à la pesanteur et assis sur son arrière-train, fût-ce sur un trône. Le voilà donc transformé en nuage, en vent, puis en montagne. Rien de plus souverain et inébranlable qu’une montagne ! Mais…
(Il est assurément de fort mauvais goût de dévoiler la fin d’un récit à ceux qui voudraient la découvrir par eux-mêmes. Mais tout le sel de cette histoire malicieuse réside dans sa chute, et il serait surhumain de résister à la tentation de vous livrer la fin savoureuse de la fable. 
Vous êtes donc libres de ne pas lire les lignes qui suivent, et priés d’éloigner vos enfants s’ils lisent le journal par-dessus votre épaule.) Mais la montagne d’Har sentit qu’on la frappait. C’était la piqûre d’un burin, manié par un petit tailleur de pierre qui avait raison de sa majesté. Percutant, non ? 


Publié dans l'Union sous nom marital le 8 avril 2009
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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 23:38


En cette année 2009, du 24 au 10 avril, le festival Méli’môme fête son vingtième anniversaire, et pour l’occasion, propose un ensemble de spectacles fort variés, tant par leur genre que par leur origine, le lieu de leur représentation ou leurs destinataires.
Leurs destinataires d’abord, puisque certains spectacles comme par exemple « Au bord de l’autre », les vendredi 3 et samedi 4 avril à l’espace Thierry Meng de Bétheny, ou «  Les Echos », par le Théâtre du Champ Exquis, les 7 et 8 avril au Manège sont accessibles dès l’âge d’un ou deux ans, alors que d’autres s’adressent à des adolescents jusqu’au lycée, comme c’est le cas de « Nam-Bock, le Hâbleur », d’après une nouvelle de Jack London. Celle-ci propose une réflexion sur les civilisations et leur rapport à la nature à travers les réactions d’un jeune indien du Grand Nord canadien qui se retrouve un jour, au hasard de la dérive de son canoë, au beau milieu d’une société industrialisée. De retour des années après dans son village, il rencontre l’incrédulité et l’incompréhension des siens auxquels son récit semble un tissu d’exagérations. 
Variété aussi par ses lieux de représentations, puisque sont mis à contribution tant la Comédie ou l’Ancien Collège des Jésuites, le Grand Théâtre ou le Manège, que des salles moins centrales comme l’espace Thierry Meng à Bétheny ou la salle des fêtes de Saint-Brice Courcelles, sans oublier la salle Jean-Pierre Micquel, le Ludoval, ou la salle Rossini.
Diversité encore par leur origine, puisque les compagnies créatrices des spectacles ne sont pas toutes issues de l’Hexagone mais viennent aussi d’Allemagne comme le « Rumpelstilzchen xy ungelöst » du Theater Urknall les 3 et 4 avril ou le « Puppentheater Halle », le « théâtre de marionnettes » qui présentera « Ursel » au Ludoval le mercredi 8 avril ; du Québec (« La migration des oiseaux invisibles », les 31 mars et 1er avril), des Pays-Bas (« Poedelprijs »), ou de la République Tchèque (« Les Trois Mousquetaires », du 27 au 29 mars, ou  « Terreur à Paris », les 29 et 30 mars ).
Enfin, le festival Méli’môme, organisé par Joël Simon et l’association Nova Villa, multiplie les langages scéniques et les angles esthétiques, afin de faire découvrir au jeune public, qu’il soit familial ou scolaire, une approche du monde à travers des univers artistiques différents des supports cinématographiques ou numériques dans lesquels il est habituellement immergé. Se confronter, lors de ce festival, à des représentations réelles constitue une expérience enrichissante.
Entre autres réjouissances, parmi les premiers spectacles, on pourra découvrir :
mercredi 25 à 15h et 18h. « Le Cabaret dansé des vilains petits canards ». Au Manège de Reims, à partir de 4 ans. 
Mercredi 25 mars à 19h et vendredi 27 mars à 9h30, Nam-Bock, le hâbleur, à la Comédie. 
Publié dans l'Union sous nom marital le 25 mars 2009
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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 23:37

Cette semaine, le Circus Ronaldo vient promener ses facéties sous le maussade ciel rémois. 
Quand un artiste dans l’âme, Danny Ronaldo, commence par suivre une formation de pizzaïolo chez un grand maître et se sert de sa virtuosité pour régaler la salle, non pas de pâtes croustillantes, mais d’éclats de rires, cela donne un spectacle de cirque placé sous le patronage de la Commedia dell’arte, qui inspira bien des farces de Molière. Entre maladresses savamment chorégraphiées et invectives savoureuses, c’est une lutte de pouvoir que se livrent l’apprenti et le chef, mais aussi les hommes et les objets, chacun tentant d’imposer sa loi à l’autre : entre chutes et lancers de pâtes, coups de rouleaux et haute voltige de victuailles, les objets et les paroles s’échappent, et toutes les transgressions sont permises dans cette cuisine.
Ce qui réjouira les petits, habituellement assez mal accueillis lorsqu’il leur vient l’idée saugrenue de jouer avec la nourriture et de catapulter leurs petits pois. 

Le spectacle qui aura lieu sous chapiteau est organisé par le Manège.



Publié dans l'Union sous nom marital le 25 mars 2009
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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 22:24

Au Manège, on ne tourne pas en rond : on zigzague. 
Du 12 au 15 mars, « Zig-Zag », c’est tout un programme que nous propose le Manège en collaboration avec la Ferme du Buisson de Marne-la-Vallée. 

Pas moins de sept rendez-vous qui devraient aider le public à répondre à la périlleuse question suivante : « L’art peut-il faire rire ? ». La réponse ne va pas de soi, car on oppose souvent la noblesse du tragique au trivial du rire, le burlesque des valets bastonnés de Molière à la grandeur des princes éplorés de Racine. Pourtant, le comique a ses muses antiques officielles. Et c’est dans une palette multicolore que chacun pourra trouver les vibrations qui chatouilleront ses zygomatiques : de la chorégraphie syncopée et jazzy de Georges Appaix  à l’exposition d’arts plastiques animée d’Antoine Defoort où l’on joue au tennis avec des guitares, où l’on trouve des airs de famille entre Michael Jackson et Pergolèse, il y a un monde de nuances. 
Tout aussi différent, dans « Hors sujet ou le bel ici » de Martine Pisani, le rire naît de l’improbable rencontre entre des textes de Paul Claudel, Jack Kerouac, Mallarmé, Sartre ou Shakespeare,… et des interprètes lunaires, clownesques, tout étonnés d’atterrir sur le plancher du réel.
Mais c’est vendredi 13 que la pierre philosophale du rire sera révélée au public par Jos Houben qui joint le geste à la parole pour décortiquer, analyse et mime à l’appui, les raisons de ce rire, propre de l’homme selon Rabelais. Bergson le définissait comme une « mécanique plaquée sur du vivant ». Jos Houben l’affine en montrant que l’essence du rire est la chute, c’est-à-dire précisément ce qui ôte à l’homme sa spécificité : sa verticalité. Ce qui le fait déchoir de son humanité de bipède pour lui rappeler que la terre est basse et que la chute est dure. 
Et c’est à Marne-la Vallée que l’on pourra vérifier toute la nuit la justesse de cette démonstration, avant de se réconforter le lendemain avec un goûter cinématographique réjouissant. Si la morosité résiste encore à ce déferlement de rire, c’est à désespérer.



Publié dans l'Union sous nom marital le 11 mars 2009
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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 21:22
Théâtre de rue  : les artistes de la compagnie Hendrick van der Zee aux Veillées de Croix Rouge

 
À l’invitation du Manège et depuis le 5 février déjà, la compagnie Hendrick Van Der Zee s'installe à Croix-Rouge. 
Ainsi les habitants du quartier, « QCR » pour les intimes et les divers supports (murs, tables de classe,…) qui ont l’honneur de recevoir les marques de fierté de leurs jeunes habitants sous forme de tags polychromes et autres gravures amoureusement sculptées, peuvent-ils observer, jusqu’au 20 février encore, les artistes de la Compagnie créée par Guy Alloucherie déployer la grâce de leurs mouvements sur ces lieux qui semblent s’abandonner au désespoir pour les réenchanter. 
Tel est le sens de ces « Veillées » dont le sens est doublement et judicieusement détourné : alors que le terme évoque plutôt la réunion d’un groupe clos autour d’un foyer chaleureux mais fermé, ces Veillées-là se déploient au contraire dans les rues, les places, les espaces publics.
D’autre part, on imagine la veillée comme la lutte tardive d’une communauté contre le règne de la nuit, le prolongement de la soirée autour d’une lueur qui recentre les regards, alors que les Veillées d’Hendrick Van Der Zee s’ébattent en pleine journée.
Et cette contradiction, comme tout paradoxe qui se respecte, est faite pour être dépassée. Les danseurs de la compagnie agissent comme autant de halos destinés à rouvrir les yeux des passants sur un cadre quotidien si morne qu’ils ne le voient plus, à en redécouvrir les beautés. Qu’elles soient l’œuvre des architectes créateurs de perspectives, ou plus simplement nées de la poésie aléatoire du quotidien, de la rencontre insolite de couleurs ou de silhouettes. En allant sur le blog spécialement créé pour rendre compte, au jour le jour, de ces manifestations,  chacun peut se rendre compte de la beauté de ces chorégraphies surgissant à l’improviste, et toujours issues de l’observation et du dialogue avec les habitants. 
Durant deux semaines, la Compagnie vit donc véritablement sur place, et au fil des rencontres avec la population, des paroles, des témoignages, des images recueillis nourriront le spectacle du 20 février, construit avec les habitants, et dont le quartier Croix-Rouge sera le personnage principal. Car Guy Alloucherie, venu du Nord de la France, issu du milieu ouvrier, qui eut pourtant l’opportunité de diriger un prestigieux théâtre d’Etat subventionné, préféra demeurer fidèle à ses racines, et donner la parole et l’image aux mille et un détails du quotidien le plus prosaïque, le plus oublié des affaires qui mènent le monde.

Publié dans l'Union sous nom marital le 14 février 2009
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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 09:27


Pour le deuxième « Grand Soir » de la saison, le Manège a invité « Les Hommes penchés » de Christophe Huysman à osciller sur un mât vertigineux : entre cirque et poésie, le « Mâtitube » est un agrès inédit pour acrobates bavards.

  A la fois auteur, metteur en scène, acteur, chanteur et artiste de cirque (« circassien » pour les initiés), Christophe Huysman fait partie de cette génération d’artistes qui ne se laisse pas cantonner à une seule et unique discipline, mais utilise une pluralité d’expressions pour donner plus de chances aux messages qu’il veut faire passer d’atteindre le public.

Et cette pluridisciplinarité le poussant à porter un regard neuf sur chaque corde de son arc, il ne se contente pas d’utiliser les techniques existantes mais en invente d’autres.

Ainsi a-t-il créé avec William Vallet un agrès inédit, le Mâtitube : le traditionnel mât chinois de cirque, rassurant, fixé en ses deux extrémités, est libéré de ses points d’attache et flotte dans les airs, arrimé à un unique point central, oscillant autour de cet axe comme l’aiguille d’une boussole affolée sous les impulsions que lui impriment les « hommes penchés », acrobates et acteurs à la fois. Ancré au centre, le mât pivote à 360 degrés.

Cet agrès qu’il a créé avec William Valet ne résulte pas d’une recherche gratuite d’originalité. Il symbolise la désorientation dans laquelle l’homme contemporain se perd, faute de repères, de structures, de valeurs, de sens. Au tournant du millénaire, l’économie n’est pas seule en crise : l’humanité aussi, déboussolée, en est réduite à proférer des fragments de paroles déconstruites, comme ceux qu’articulent les trois acrobates du spectacle.

C’est dans les termes mêmes du concepteur du spectacle que l’on saisit le mieux sa vision, rassemblée en une formule lapidaire : « Il n’y a aucune raison qu’une pièce reste droite quand les hommes ne tiennent plus leur verticalité. » Il en résulte « un texte plein de bruit, de fureur et d’humour » dit par ces trois « hommes penchés » symptomatiques des errances de l’humaine et moderne condition : « Un trio émotif, emporté dans une enfer métronomique. 3 saltimbanques, 3 hommes très doux sont en colère. Leur maison s’écroule, ils volent, marchent sur l’air, l’air du temps, ses mots, sa grammaire, sa vulgarité, ses paroxysmes. »

La compagnie des « Hommes Penchés » se définit comme un « Laboratoire mobile » qui rassemble une trentaine de techniciens et artistes dont le dénominateur commun est une perception du monde commune, une même approche nomade du métier qui interdit le confort d’une routine. 
 

Publié dans l'Union sous nom marital le 4 février 2009

 

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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 22:01
 Danses plurielles, cinq façons de traduire en dansant sa façon d’être au monde.


Demain au Conservatoire, se déroulera le dernier volet du triptyque de danses contemporaines intitulé Hors les Murs. Cette manifestation, nomade comme son nom l’indique, s’invite sur les scènes artistiques de la ville et est organisée par « le Laboratoire des Compagnies », plateforme intégrée à la DRAC et dirigée par Marilen Iglesias-Breuker avec sa compagnie,  Icosaèdre . Chaque année, celle-ci rassemble et accroît la diffusion des créations de la saison écoulée ou de chantiers en cours et fournit ainsi au spectateur un condensé de la vie chorégraphique de la région. 
Après les Danses Utopiques au Grand Théâtre, et Sens Altérations au Manège, c’est donc au tour du Conservatoire de proposer au public diverses façons d’exprimer sa manière d’être au monde, puisque la soirée réunit en un même lieu des styles de tous horizons et continents.
Ainsi pourra-t-on assister à un extrait d’ « Eaux », le spectacle d’Aurore Castan-Aïn, sur une musique originale de Philippe Cuisinier.
Puis ce sera le tour de « Solo’s’s’s », de Marie Payard, un spectacle dont le titre en forme de paradoxe grammatical traduit la difficulté de s’affirmer, ce qu’exprime « un solo décliné sur trois corps ». 
Les approches contemporaines laisseront ensuite la place, avec Os ventos de Yansa, de Brigitte Canonne, à la capoeira, cette danse inventée par les esclaves d’Amérique latine, à mi-chemin entre les arts martiaux et le ballet, une façon de chorégraphier le combat pour en transformer la violence en beauté. 
Après quoi, la soirée retournera à une atmosphère plus intimiste : avec L’embarras du choix, Julie Barbier entend traduire en mouvements « cette zone de doutes qui nous habite, traite de nos errances, de nos tâtonnements ». 
En guise de bouquet final, la danse classique sur pointes sera revisitée par la modernité dans « Transmut 2 soli ». Marie-Laure Agrapart  réinterprète les pointes comme « état du corps », loin du style de danse auquel on les associe traditionnellement, en faisant un accessoire autant masculin que féminin.
Espérons que le plaisir que ressentira le spectateur sera proportionnel à la torture infligée par les pointes aux pieds des danseurs et par quelques uns de ces titres à la syntaxe de la langue.  



Publié dans l'Union sous nom marital le 21 janvier 2009
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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 21:18
Entre Champagne et Médina, la première promotion du cirque de Tunis.

Halfaouïne, c’est  le nom du quartier de Tunis qui abrite traditionnellement les artistes : chanteurs, poètes, orfèvres,… Mais d’arts du cirque, point ; jusqu’en 2003 tout du moins. « Au contraire par exemple du Maroc où il existe une longue tradition de jonglerie et d’acrobates, il n’y a pas, en Tunisie, de culture circassienne ou d’arts frères » explique Peggy Donck, à la tête d’une association implantée à Reims et qui a pour vocation de développer les arts du cirque et de la rue depuis la Champagne Ardenne, terre de bateleurs depuis le Moyen Age. 
«C’est Bernard Turin, l’ancien directeur du CNAC (Centre National des Arts du Cirque) de Chalons, seule école supérieure nationale en ce domaine, qui eut l’idée de créer ex nihilo à Tunis un centre de formation sur le même modèle, implanté dans les locaux du Théâtre National de Tunis. Il fallut prospecter parmi les sportifs de haut niveau venus de la gymnastique ou des arts martiaux du pays pour recruter les premiers professeurs et étudiants. Mais la greffe a pris, puisque le spectacle auquel on pourra assister au Manège de Reims mardi et mercredi prochains est celui de la toute première promotion de cette école. Et c’est une tournée internationale via Rome ou l’Argentine notamment que la troupe vient clore dans la région qui la fit naître outre Méditerranée. Un retour aux sources de l’impulsion à laquelle elle doit son existence. Et le résultat ne manque pas de saveur. Les acrobates tunisiens se sont appropriés les techniques du cirque traditionnel, mais les apprivoisent d’une façon qui leur est propre. Ils s’emparent des agrès avec une énergie instinctive, presque animale, au mépris du danger semble-t-il, et ce rapport direct est vraiment perceptible dans le spectacle. » 
La couleur de la soirée évoque avec tout l’exotisme rêvé l’ancienne Carthage. Mais les jeunes acrobates ont eu à cœur de traduire le plus fidèlement possible la vie réelle d’Halfaouïne et de Tunis, et non pas un décor factice de carte postale pour touristes avides de dépaysement facile : aux éléments d’architecture reconstituant l’atmosphère de la médina, portes voûtées et colorées, arabesques et moucharabieh, s’ajoute une ambiance musicale mêlant toutes les influences que l’on rencontre dans ce carrefour central du Maghreb ouvert depuis l’Antiquité au passage de multiples cultures. Gilles Baron et Denis Tisseraud, responsables de la scénographie et de la chorégraphie du spectacle, garants de la structure de l’école calquée sur le modèle français, sont ainsi demeurés à l’écoute des aspirations des jeunes artistes, afin de ne pas plaquer un regard superficiel d’occidental sur un univers foisonnant et complexe. 

Publié dans l'Union sous nom marital le 17 janvier 2009


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Anne Paulerville

  • : La danse du sens
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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


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Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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