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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 15:33

 

 

 La gastronomie en trompe l'oeil : chefs d'oeuvre ou hors d'oeuvre ? Au plus près du réel, une exposition impressionnante pour papilles et pupilles à découvrir au Musée Le Vergeur. 

Sous le regard placide et bienveillant du couple de marchands soyeux qui observaient la scène depuis le magistral tableau de Jacob Backer, c'est un étrange ballet auquel on pouvait assister jeudi dernier. Un défilé d'apprentis marmitons chorégraphié comme une nuée d'étourneaux au plumage noir et blanc, qui apportaient sans relâche les mets les plus appétissants sur le rectangle nappé de blanc, dans un cérémonial aussi solennel que malicieux,... puisque les chefs d'oeuvre d'architecture culinaire étaient des faux ! Parodiant la pompe empesée des luxueux temples de la restauration, ils déclamaient la recette de ces plats bien trompeurs : « Macarons en plâtre et résine », avant d'ajouter une petite pirouette en rime « Des oeufs durs qui durent » concoctée avec leur professeur de français, M. Médina.

Comme le rappelait M.Alain Cottez, président de la SAVR et directeur du Musée Le Vergeur, «  il est fort logique que le musée accueille un festin, puisqu'il possède encore les meubles de l'hôtel particulier qu'il a toujours été, propriété d'Hugues Krafft, le fondateur de la Société des Amis du Vieux Reims qui y reçut la fine fleur de l'aristocratie européenne. »

C'est donc tout naturellement que la salle d'apparat prêta ses bas-reliefs Renaissance à ce Projet Artistique et Culturel imaginé par Catherine Stevenot, professeur d'art appliqué. Et de fait, le résultat est époustouflant ! L'exposition Au plus près du réel porte bien son nom, car c'est seulement de tout près que l'on peut distinguer le vrai du faux. Or ce soir-là,  préparations comestibles et sculptures en trompe l'oeil étaient mêlées, avec la complicité des professeurs d'art hôtelier du lycée : MM Ferrat, Theenivs et Pèse. Mieux valait exercer ses yeux avant d'user ses dents si l'on voulait les conserver intactes, et discerner qui, de ses papilles ou de ses pupilles, seraient les mieux à même d'apprécier ces plaisirs chatoyants. 


Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 30 avril 2010
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 02:40
 Un trésor de plus que l'on pourra redécouvrir au musée Le Vergeur dans l'exposition qui s'y tient depuis le 30 juin, et jusqu'au 30 août 2009.

 
On célébrait en 2008 le 400ème anniversaire du peintre flamand Jacob Backer. A cette occasion, deux expositions d'envergure internationale (l'une à Amsterdam, l'autre à Aix-la-Chapelle) rassemblèrent l'essentiel des oeuvres de cet artiste majeur, aussi illustre à son époque qu'injustement méconnu aujourd'hui. Jacob Backer, issu comme son nom l'indique d'une famille de boulangers, fut longtemps confondu avec Frans Hals, sa vie fort sage et quasi monacale laissant apparaître en relief fort peu d'indices biographiques propres à en caractériser l'existence.
Si maints musées bataves prêtèrent les tableaux du maître présents dans leurs collections permanentes, ce fut aussi le cas du Musée Le Vergeur qui se sépara durant huit mois de son "Double portrait d'un marchand soyeux de 62 ans et de sa femme". 
Afin de fêter dignement le retour du tableau prodigue, le Musée Le Vergeur organise donc durant les deux mois d'été une exposition toute entière consacrée à ce chef d'oeuvre du siècle d'or hollandais, et la richesse des panneaux explicatifs qui entourent l'oeuvre comme un écrin lui offre un éclairage historique d'une extrême et précieuse précision, indispensable pour comprendre le sens de ce genre pictural indissociable du contexte économique, social et religieux qui le vit naître.
Ce n'est qu'à l'issue de la sinistre Guerre de Trente Ans, par le Traité de Münster signé en 1648, que les Provinces-Unies acquirent leur indépendance, après avoir longtemps été soumises aux jougs rivaux de la Bourgogne puis de l'Espagne, via l'Empire de Charles Quint.
Mais le XVIIème siècle flamand connaît une prospérité économique et offre une liberté de culte sans équivalent alors en Europe : afflue alors aux Pays-Bas toute une élite intellectuelle, commerçante, industrieuse, protestante souvent, soucieuse de témoigner, avec discrétion mais assurance, de sa réussite sociale. 
C'est l'âge d'or du portrait où s'illustrent entre autres Vermeer ou Rembrandt. Les images mises à la porte des églises par les austères calvinistes iconoclastes reviennent par les fenêtres des maisons bourgeoises toutes fières de faire état de leur digne et sobre aisance.
Car si Calvin interdisait les sujets religieux comme sacrilèges, il tolérait la peinture privée, surtout lorsqu'elle illustrait à merveille l'éthique humble mais ferme du mérite personnel qu'il prônait.
D'où le clair-obscur caractéristique de ces portraits où de sévères visages émergent à peine de l'ombre où se perdent le décor et les tenues dépouillées ; où seuls témoignent du statut des protagonistes les quelques attributs auxquels le peintre accorde un soin réaliste d'une éblouissante minutie, comme ce reflet d'un rayon de lumière ricochant sur le métal d'une paire de lunettes.

 
Ecrit pour l'Union sous nom marital en juillet 2009
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 02:06
Cette semaine, s’est ouvert au Musée Le Vergeur le deuxième volet de l’exposition retraçant l’histoire de la Société des Amis du Vieux Reims, de 1935 à nos jours. 
Au-delà de l’exposition, le charme d’une demeure Renaissance et de ses jardins.


Créée en 1909, la SAVR se consacre depuis un siècle à la mise en valeur du patrimoine rémois. Le sauvegarder, c’est le faire connaître : au public, mais aussi aux politiques, avec lesquels une étroite collaboration est menée, comme l’a souligné son président, M. Alain Cottez, lors de son discours d’inauguration. La clef de voûte de cette entente cordiale est le bail emphytéotique conclu entre Jean Taittinger, maire de Reims de 1959 à 1977, et Henri Druart, alors président de la SAVR, selon lequel l’hôtel Le Vergeur devient bien à vocation publique tout en demeurant propriété de la Société, qui peut continuer d’en prendre un soin éclairé sans être noyée sous les charges. 
Cette exposition qui parcourt l’historique de l’association depuis la mort de son fondateur est aussi l’occasion de redécouvrir les collections permanentes du musée, riches notamment d’une quarantaine de gravures de Dürer, et d’un tableau de Martin Le Jeune, connu sous le nom de « la Cavalcade » et représentant le sacre de Louis XV à la cathédrale. Répétition originale de celle qui est conservée à Versailles, l’œuvre est une miraculée : les circonstances de sa rocambolesque survie sont dévoilées par l’exposition.
Mais la visite permet aussi de flâner à l’ombre émouvante de murs dont l’épaisseur ouvragée dit toute la valeur, et dans le jardin où les ruines collectionnées par Hugues Krafft se mêlent à la végétation pour lui donner le charme d’une enclave délicieusement épargnée par la course des siècles.



Publié dans l'Union sous nom marital le 6 juin 2009
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 01:25

La signature de la  véritable Reddition de la Wehrmacht, c’est à Reims, le 7 mai, que ça se passe.  


 Après cinq mois de rénovation et de remise aux normes, le Musée de la Reddition a rouvert ses portes fin avril et accueille les visiteurs gratuitement les 7 et 8 mai pour commémorer l’armistice. 

Il y en a, dans les campagnes, de ces anciennes écoles communales désaffectées qui se recyclent en musées fleurant bon la nostalgie de l’encre violette et des plumes Sergent Major. Mais si ce que les Alliés appelaient "la petite école de brique rouge" et qui fut rebaptisé depuis le lycée Roosevelt est devenu un musée en 1985, c’est que l’Histoire y est entrée par la grande porte. 
Car si l’Europe entière célèbre l’armistice le 8 mai, c’est pour obéir à un caprice de Staline, qui tint absolument à ce qu’une seconde capitulation soit signée à Berlin et remise entre les mains de son Armée Rouge. Non content d’avoir privé des millions de ses compatriotes de la vie et de la liberté dans ses goulags où il offrait avec générosité le gîte, le couvert, l’activité physique et la rééducation mentale, il prive aussi notre belle cité des sacres de l’occasion de figurer dans les livres d’histoire pour de plus exaltantes raisons que pour son vin qui pique et son huile qui oint les fronts royaux.

Parce que l’authentique, la véritable Reddition, c’est à Reims, la veille, entre les dernières heures de la nuit et les premières du jour, qu’elle fut signée, par le général Alfred Jodl commandant les troupes allemandes sur le front de l’Ouest. C’est là, dans la salle des professeurs devenue salle des cartes depuis que l’état major des troupes alliées y a établi son quartier général en février, que David Dwight Eisenhower, chef suprême du corps expéditionnaire allié en Europe et futur président des Etats-Unis, reçut la Reddition sans conditions de la Wehrmacht. 
 Il faut dire qu’une semaine exactement après le suicide de son Führer, le Troisième Reich décapité ne voyait plus bien ni pourquoi ni comment il pourrait continuer à entretenir sa fureur. 
Un lieu à (re)découvrir donc, avec l’émotion que provoque le souvenir des effroyables abominations auxquelles ce jour mit fin.



Publié dans l'Union sous nom marital le 6 mais 2009
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 01:00

Avec l’efficace discrétion qui caractérise les monuments multiséculaires, le musée Saint Remi, entre voûtes et jardins, multiplie pourtant les invitations aux voyages dans le temps : visites, ateliers, nocturnes… 


A l’ombre de la basilique romane ainsi appelée en mémoire de l’évêque qui baptisa Clovis et qui donna son nom à la ville, le musée Saint Remi n’a rien d’une beauté dormante. La richesse de ses collections parcourant les siècles depuis la préhistoire jusqu’aux vitrines militaires du XXème en passant par l’Antiquité gallo-romaine et bien sûr le Moyen Age pourrait pourtant l’inciter à se reposer sur la pérennité de ses vieilles pierres. D’autant plus que le cadre seul de l’ancienne abbaye imprègne le visiteur de son charme discret et irrésistible. Du jardin du cloître entouré par le promenoir carré et ses colonnes souveraines de sérénité aux escaliers imposants, c’est tout un univers millénaire que l’on respire dès l’entrée.
Mais cette éternité n’est pas figée. Ainsi le musée propose-t-il pendant les vacances scolaires des ateliers où les écoliers peuvent découvrir le patrimoine au cours d’activités aussi ludiques que pédagogiques. En ce moment même se déroule durant trois jours et jusqu’à jeudi, un atelier où les enfants à partir de huit ans ont l’occasion de voir d’un œil neuf les tapisseries des collections permanentes, et surtout de s’essayer eux-mêmes à l’art de Pénélope : rien de tel que de manipuler pour mieux regarder, de mettre la main à la pâte ou au fil pour comprendre l’ampleur du travail et la valeur de l’objet. 
De plus, chaque premier dimanche du mois aussi, à l’occasion de la désormais rituelle ouverture dominicale gratuite, une visite guidée est organisée pour découvrir tel ou tel aspect des collections permanentes ou de l’architecture : ce dimanche 3 mai, de 14h30 à 16h, ce sera au tour d’une tapisserie d’être mise en lumière aux yeux des adultes, lors d’une visite, gratuite elle aussi, où l’on apprendra tout sur « La tenture de Saint Remi : technique, sources et lectures ».
Enfin, samedi 16 mai , à l’occasion de la prochaine nuit des musées, Saint Remi éclairera ses ténèbres millénaires par des boules de feu et des torches enflammées tournoyant dans le jardin du cloître et la cour du musée, et les étincelles danseront au son de la musique médiévale de Guillaume de Machaut. Les adeptes de sensations fortes sont prévenus.

Le prochain atelier ouvert aux enfants à partir de 6 ans, lundi 6 juillet, proposera la découverte de peintures rupestres à observer et recréer. (Participation gratuite, mais inscription obligatoire)



Publié dans l'Union sous nom marital le 29 avril 2009
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 00:40

Pendant les vacances de Pâques, le Palais du Tau organise deux ateliers destinés aux enfants où ils pourront mettre la main à la pâte et le pied dans les traces des pèlerins.

Avant l’ère de l’imprimerie puis de l’alphabétisation massive, la cathédrale de Reims est, comme toutes ses consoeurs, autant qu’un temple, un immense livre d’images destiné à illustrer l’histoire sainte pour les fidèles. On peut donc sans se lasser parcourir cette forêt de symboles médiévaux qui n’en finissent pas de se laisser déchiffrer. Et il n’est guère surprenant, à y bien réfléchir, que la cathédrale se transforme aux yeux des jeunes curieux en un gigantesque terrain d’investigation ludique à souhait. 
Le labyrinthe tout d’abord, rituel motif inscrit dans le dallage de la cathédrale en 1286, présente une forme symbolique caractéristique et permettait aux pèlerins qui le parcouraient à genoux, de mimer le chemin tortueux que peuvent emprunter les voies impénétrables que la Providence choisissait de leur faire traverser. De plus, y étaient inscrits les noms des quatre premiers architectes de la Cathédrale. Il fut malheureusement détruit il y a deux siècles.
Après une explication éclairant le sens de ces méandres, les enfants seront invités à inventer un labyrinthe et à le réaliser dans la cour en grande dimension (5 mètres carré) avec du carrelage. Ils pourront ensuite aller admirer leur chef d’œuvre du haut des tours de Notre Dame.
Le deuxième atelier, "Du crapaud à la fleur de lys" est consacré à la fleur de lys, symbole du royaume de France depuis la bataille de Tolbiac que Clovis remporta en 496 et à l’issue de laquelle, en signe de gratitude pour le Dieu des Chrétiens, il se fit baptiser et abandonna son emblème païen des trois crapauds pour adopter la fleur de lys qui représenta la monarchie française jusqu’à la chute de Charles X en 1830. 
Après un exposé historique et iconographique face à la tapisserie du « Fort Roy Clovis », oeuvre capitale pour la symbolique de la royauté, les jeunes participants pourront inventer et fabriquer leur propre écusson.


Publié dans l'Union sous nom marital le 18 avril 2009

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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 22:07

 A la suite de l’exposition qui eut lieu de novembre à janvier dernier, le musée Le Vergeur publie un catalogue des 33 aquarelles d’Auger représentant le Reims d’avant 1914. Un album où il fait bon promener son regard. Une flânerie où les couleurs ont arrêté le cours du temps.

Il paraît que la nostalgie a mauvaise presse ; qu’il est dépassé, presque malséant d’exprimer avec trop de ferveur son attachement aux vestiges et aux vieilles pierres. Comme c’est curieux ! C’est pourtant ce qui traverse les siècles qui échappe à la mode, qui définit le contraire même de ce qui est démodé, qui approche la fragile éternité de notre éphémère passage sur terre. Et le pouvoir des albums à remonter le temps n’a rien à envier à celui des machines à voyager dans l’avenir. 
Le catalogue de l’exposition publié par la Société des Amis du Vieux Reims fait partie de ces précieuses empreintes. Car ces aquarelles, autant que ce dont elles témoignent, sont des miraculées : commandées par Hugues Krafft, le fondateur de l’association, au peintre Eugène Auger quelques années à peine avant que les bombardements de la guerre de 1914 ne réduisent à néant nombre de ces édifices, ces 33 images furent conservées, dès l’origine, au musée de la place du Forum : elles seules sont rescapées des centaines de tableaux détruits dans la maison du peintre occupée pendant la guerre.

« Afin qu’il demeure un objet rare, une pièce de collection,le catalogue ne fut tiré qu’à 700 exemplaires, précise Mme Cottez, la secrétaire de l’association. Depuis sa sortie le 5 février, la première moitié du stock a déjà trouvé acquéreur.» En promenant ses yeux sur ces pages glacées où la délicatesse des couleurs le dispute à celle des contours, il n’est guère difficile de comprendre pourquoi. « Assorti d’un plan de Reims où chaque planche est numérotée, il propose un véritable parcours de découverte qui part du musée Le Vergeur. »
Et l’on comprend mieux, au fil de ces impressions colorées, combien chaque ville, et en particulier la nôtre, si marquée par les destructions de la Première Guerre Mondiale notamment, ressemble à l’un de ces palimpsestes, ces antiques parchemins sur lesquels les moines ne cessaient d’effacer et de réécrire, faute de place et de nouveaux matériaux. 

Le centenaire de la SAVR est en outre l’occasion de redécouvrir la richesse des fonds de ce musée si discret, cette demeure médiévale, « qui a conservé, avec ses meubles, un parfum et une âme » selon les mots d’Alain Cottez, son président. Outre ses archives, ouvertes au public et aux chercheurs, « dont le fonds initial continue de s’accroître à chaque legs d’une famille désireuse de confier sa mémoire en mains sûres », le musée possède, entre autres merveilles, quarante gravures de Dürer d’une valeur inestimable. 

 Publié dans l'Union sous nom marital le 25 février 2009
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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 09:41

La Société des amis du vieux Reims : une association de salut public par le sauvetage du patrimoine.
 

 C’est cette année, sous la présidence d’Alain Cottez, que la Société des Amis du Vieux Reims fête son centième anniversaire en organisant au Musée Le Vergeur (qui en est aussi le siège) deux expositions : la première, qui s’ouvre aujourd’hui et durera jusque début mai, retrace l’histoire de l’association depuis sa fondation en 1909 jusqu’en 1935.

Cette discrète société, qui ne se fait guère remarquer par une communication pour le moins peu tapageuse, œuvre pourtant avec une efficacité certaine depuis un siècle maintenant pour la sauvegarde du patrimoine rémois. La vénérable devise latine dont la dota son fondateur, Hugues Krafft : « Urbium sacra senectus » ("La vieillesse des villes est chose sacrée") résume avec une solennité savoureusement surannée l’esprit de l’entreprise.

Mais la conservation du patrimoine n’est pas synonyme, très loin de là, d’immobilisme. Car il faut au contraire déployer beaucoup d’énergie pour résister aux flots du temps qui passe : sans même parler des destructions apocalyptiques qui réduisirent Reims à un champ de ruines, la seule évolution de l’urbanisme suffit à enfouir les vestiges du passé. Ainsi l’association ne se contente-t-elle pas de mener des études précises sur le patrimoine architectural de la ville : elle effectue aussi un véritable travail de conservation et de sensibilisation du public, puisque dès l’origine, elle organise visites et conférences.

Et c’est par un salutaire hasard que la Société vit le jour quelques années avant les destructions de la Première Guerre Mondiale. Au début du siècle dernier, l’architecte Ernest Kalas eut en effet l’idée de cet organisme, que les moyens financiers d’Hugues Krafft permirent de concrétiser. Et l’une des premières initiatives de la jeune Société fut de confier au peintre Eugène Auger la vaste tâche d’immortaliser en des centaines d’aquarelles les splendeurs architecturales de la cité qui allait se trouver quelques années plus tard sur la ligne de front.  Elles firent l’objet d’une exposition qui se termina le 18 janvier dernier. Sans elles, ce sont des dizaines de chefs d’œuvres architecturaux dont l’image et le souvenir auraient été anéantis avec leur modèle dans les décombres des bombardements. En outre, dans les années de l’immédiat après-guerre, les membres de la Société usent efficacement de leur réseau de relations pour participer aux commissions qui ont présidé à la reconstruction du pays : Commission au Plan pour la Reconstruction, Commission des Monuments Historiques,…

Plus concrètement, c’est à la SAVR que l’on doit la préservation et l’actuel emplacement de la Porte de Paris.

Mais c’est au Musée Le Vergeur que l’on pourra découvrir ce que la mémoire des pierres rémoises doit à cette association.

 

Publié dans l’Union sous nom marital le 4 février 2009

 

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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 12:20

Depuis fin novembre déjà, et après une pause pendant les vacances de Noël, le Musée Le Vergeur expose, jusqu’au 18 janvier, 33 aquarelles d’Eugène Auger qui permettent de redécouvrir la ville de Reims avant 1914 : ses rues médiévales, ses quartiers XVIIe et XVIIIe siècles, les cours cachées de ses hôtels particuliers, ses portes monumentales et ouvragées …
Encore une dizaine de jours pour s'extasier devant les splendeurs dévastées par les bombes de 1914, puisque la ville fut détruite à 80%.

Sur la place du Forum, le Musée Le Vergeur possède la discrète distinction des véritables gentilshommes. D’un âge vénérable, cette belle bâtisse du XIIIème siècle attire le regard et éveille la curiosité. Pas d’enseigne aguicheuse, à peine signalée par quelques inscriptions fondues dans ses vieilles pierres : il faut la mériter pour la découvrir.
Une fois l’entrée franchie, il y a cependant beaucoup à voir : l’architecture seule, avec ses boiseries Renaissance et ses murs massifs, fait ressentir toute l’épaisseur des siècles traversés. « Pourtant, précise Alain Cottez, Directeur du musée et Président de la Société des Amis du Vieux Reims, le plafond en poutres ouvragées n’est pas d’origine. Détruit par les bombardements entre 1914 et 1918, il a été remplacé par celui d’une autre maison rémoise de la même époque, qui a, lui, survécu à la destruction des murs. » L’assemblage est insoupçonnable. Le jardin du musée tire son charme désuet du même principe. « Hugues Krafft, en collectionneur passionné, a patiemment rassemblé plusieurs portes monumentales sauvées des décombres de maisons détruites de la ville, pour leur donner ici une nouvelle vie
 « Le musée Le Vergeur appartient en effet à la Société des Amis du Vieux Reims, association fondée par Hugues Krafft en 1909, reconnue d'Utilité publique en 1913, poursuit Alain Cottez. Celle-ci, qui a pour vocation de préserver le patrimoine architectural de la ville, avait commandé au peintre Eugène Auger, avant la Première Guerre Mondiale, une vaste série d’aquarelles destinées à immortaliser les splendeurs architecturales de la Cité des Sacres. » Heureux pressentiment, puisque quelques années plus tard, la Première Guerre Mondiale allait ravager des trésors artistiques définitivement disparus. «  En outre, les centaines d’aquarelles du peintre qu’il conservait dans sa propriété personnelle furent détruites lors de l’occupation de sa demeure par les troupes allemandes. Celles qui sont exposées au Musée actuellement constituent donc l’une des seules traces, exceptées quelques photographies, de l’état de la ville avant sa reconstruction dans les années 1920. »
Ainsi peut-on admirer les cours d’hôtels particuliers, les façades Renaissance de maisons disparues, l’état des places et des rues que nous traversons tous les jours et qui nous sont pourtant méconnaissables. Une fois n’est pas coutume : d’ordinaire, la nostalgie arbore les couleurs contrastées des photographies en noir et blanc. Ici, c’est un voyage dans le temps porté par les teintes pastelles et fondues des aquarelles qui est offert au visiteur.


Publié dans l'Union sous nom marital le 7 janvier 2009
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Anne Paulerville

  • : La danse du sens
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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


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Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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