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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 20:35
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Les douces courbes en clair-obscur des gravures de Mikio Watanabé


Aujourd’hui s’ouvre l’exposition qui réunit à l’ancien Collège des Jésuites les œuvres de trois graveurs pratiquant la technique de la « manière noire », infiniment nuancée et minutieuse.

Ca commence comme une histoire drôle : une Américaine, une Belge et un Japonais. Mais ça continue avec la réunion de trois artistes partageant l’usage d’un même procédé : la « manière noire ». Un nom mystérieux qui rappelle L’Oeuvre au noir, ce roman de Marguerite Yourcenar contant les ténébreux travaux des alchimistes du Moyen Age à la recherche de la pierre philosophale, capable de changer le plomb en or. Ces chercheurs d’ombre là, c’est le cuivre qu’ils changent en encre. Des plaques de métal dont ils scarifient patiemment la surface trop lisse pour en arracher les creux qui imprimeront sur le papier les traits nets de figures en clair-obscur. De chaque sillon creusé par le berceau ou le brunissoir émergent des trouées de clarté qui sculptent la nuit. « Le graveur est un noctambule. »
Un art de la précision apparu au XVIIème siècle, dont le lent et minutieux travail fut peu à peu concurrencé par la photographie et la fulgurance de ses flashs. Pourtant, « de cette technique méticuleuse s’échappent toutes les libertés de création : de la figuration réaliste à l'extrême aux plus étonnantes fantasmagories », précise Catherine Stevenot, commissaire de l’exposition, et présidente de l’association Aquaforte qui promeut la pratique de cet art précieux en Champagne-Ardenne.
La gravure fait partie de ce qu’on nomme « l’art du multiple » puisqu’elle vise par essence à reproduire à l’identique un même motif. Identique trompeur néanmoins puisque l’effet obtenu varie grandement selon la quantité d’encre et la pression appliquées. 
Une seule technique, mais trois styles bien distincts : à l’Américaine  Judith Rothchild une plongée dans les méandres vertigineux de merveilles potagères ; à la Belge Christine Ravaux de curieuses variations pileuses sur chevelures et autres pelages exotiques. Et au Japonais Mikio Watanabé, les douces courbes de nus basculant au détour d’un détail insolite dans un étrange onirisme. 


Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 26 février 2010
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Published by Anne Paulerville - dans Culture - beaux arts
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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 17:20


2010-Expo-FredProkop-007.jpg
 

Le Chevalier Bleu : coutures, nervures et autres blessures.




Jusqu’au 3 février, la galerie d’art, librairie et salon de thé Rose et son Roman expose les œuvres de Frédérique Prokop : sur tissu et papier, poésie aigre-douce à l’aiguille et à l’encre.

Il est peut-être des vies lisses se déroulant sans coups ni heurts. Des vies qui glissent à la surface sans se blesser, sans un accroc, sans jamais déchirer la blancheur des chemins bien tracés et des peaux enfantines.
Mais rares sont ceux qui traversent les ans sans s’y  égratigner ni se recoudre.
C’est la métaphore de la couture et du tissu que brode sans se lasser, Pénélope moderne, la plasticienne Frédérique Prokop. Car les mailles à l’envers sont aussi nécessaires que les mailles à l’endroit, elle tricote et défait, récupère et assemble les étoffes dont l’usure raconte une histoire, et les motifs une époque.
 « J’avais cinq ans et j’ai commencé à vieillir » confie la vieille petite fille au centre de la couverture, se souvenant de la gifle à la chevalière qui la marqua de son sceau écarlate, et des larmes qui ornent l’étoffe, constellations de perles sur fond de bleus.
On peut y voir des épidermes suturés comme des patchworks, inquiétants comme des secrets enfouis mais rassurants comme ces vieux édredons rapiécés qui témoignent qu’on peut vieillir et s’abîmer sans être jeté, que l’on peut demeurer au cœur d’un foyer sans plus avoir le brillant des vitrines.
Car ces coutures sont organiques : chaque suture est écriture. Un alphabet de cicatrices à déchiffrer dans les mémoires des épidermes, dessinant un nouveau contour, façonnant un nouveau relief.
Sutures mais aussi nervures : comme autant de lignes de forces, de vaisseaux par lesquels l’énergie circule, chaque fil noué est un lien de plus, un ancrage.
Sur un autre tableau, une femme s’enracine dans la terre irriguée par ses veines, et les branches de ses cheveux s’agrippent au ciel, comme pour ne pas se laisser toute entière absorber par le sol.

Plusieurs séries organisent l’exposition qui présente gravures, dessins, peintures et autres textiles : « Les vieilles petites filles », portraits issus de l’œuvre matrice sur courtepointe (voir photo) ; « Petits bobos et autres croûtes », papiers de soie ; « L’enfant », fusion mère et fils en rouge et gris, et d’autres encore que vous pourrez découvrir chez Rose et son roman, 76 rue Chanzy à Reims. 


Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 15 janvier 2010
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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 14:16

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Ce samedi après-midi, dans le cadre des Journées du Patrimoine, l’Ancien Collège des Jésuites accueillera une idée fraîche comme un déjeuner sur l’herbe. Le sol de trois pièces sera vêtu de toiles blanches où courront, portées par cinq tableaux vectorisés et projetés, les notes sur mesure de la contrebasse de Gaël Ascal et les mots de cinq textes lus par Philippe Bertin. A chaque fragment littéraire correspond un tableau, à chaque auteur un peintre, à chaque vibration de mots un chatoiement de couleurs. A ce petit jeu des correspondances, le public sera invité à participer : disposant de fiches où figurent les noms des peintres et des écrivains, il devra chercher à constituer les couples d’artistes. Mariage à travers les arts. Accordailles de registres.
Les gagnants du petit quiz se verront offrir un ouvrage illustré par les photographies de Philippe Bertin.
Les deux compères, qui, au printemps dernier, avaient déjà formé un duo lors de l’exposition sur la maladie d’Alzheimer, se retrouvent une nouvelle fois pour faire confluer leurs veines artistiques.

Voguant encore sur les volutes musicales et picturales des écrivains, vous pourrez ensuite passer du tapis blanc aux rayons sombres, puisque le Collège qui accueillera bientôt Sciences Po ouvrira au public, peut-être pour la dernière fois, les portes de sa séculaire bibliothèque : des mètres de rayons au bois luisant poli par les ans, assez imposants pour qu’y soit tournée une scène de La Reine Margot.



Publié dans l’Hebdo du Vendredi le 18 septembre 2009
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 02:36

 Jusque fin août, la chapelle de l’ancien Collège des Jésuites se pare de plumes, miroirs et blancheur (légèreté, transparence et pureté) pour accueillir l’installation d’Ismael Kachtihi del Moral, intitulée «Mon Bazar II », ou « El Desvan » (le grenier, en espagnol).

C’est dans la suite des Autoportraits-autofictions que s’inscrit le projet du plasticien :
«  Je cherchais à renouveler l’art de l’autoportrait, déjà très exploré en peinture, selon d’autres techniques. Il y a quelques années, lorsque j’ai demandé à ma mère : « Si je venais à disparaître, que dirais-tu de moi ? », sa réponse était si différente de ce que j’attendais qu’elle me poussa à poser la même question à mes amis.  Tu as économisé dix ans de psychanalyse,  me disait-on. »
Le résultat de ces impressions croisées aboutit à un kaléidoscope de points de vue, multipliant les angles à défaut de cerner la profondeur de l’être véritable.
L’installation qui résulte de cette quête dans la chapelle suscite curieusement un recueillement analogue à celui qu’on attend d’un tel lieu. Imposante métaphore de chambre d’enfant, elle occupe tout l’espace : au sol, de grands miroirs carrés ouvrent un espace presque vertigineux, le dédale de la mémoire. « Ils figurent le carrelage de mon enfance, surdimensionné comme dans mes souvenirs ; les miroirs qui reflètent le visage renvoient à l’idée d’autoportrait. »
L’ensemble est baigné de lumière : « Celle qui rassure comme les veilleuses de l’enfance, chaude en haut, plus froide en bas. » D’étranges entrelacs de fils s’enroulent sur les structures métalliques : « les méandres du souvenir ». Sur le sol de miroirs sont posés divers objets emblématiques de l’enfance : un petit cheval à bascule en bois blanc à taille réelle, un autre surdimensionné, comme vu par l’enfant. Une paire de chaussons, conservés depuis un demi-siècle et entourés de plumes : chaussures ailées, comme Hermès, le dieu du voyage, du commerce et du mensonge, inhérent lui aussi à l’enfance. 
Comme si on avait éventré un édredon, des plumes blanches se sont posées, protectrices, aux endroits les plus incongrus : « omniprésent, récurrent, le blanc, couleur de la pureté, de la page blanche, de tous les possibles. » Et le tout est enveloppé d’une bande son de douze minutes, égrenant comptines en diverses langues, extraits littéraires, souvenirs,…


Publié dans l'Union sous nom marital en juillet 2009
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 02:02

 « J’attendrai. » Tel est le titre de la nouvelle exposition organisée par la Ville de Reims à la Chapelle de l’Ancien Collège des Jésuites jusqu’à fin juin.

Par ses sculptures, Armelle Blary a donné une matière fibreuse et sinueuse au mythe de Pénélope, arrimant son attente à la trame de son tissage pour ne pas se laisser emporter ni par les prétendants ni par son impatience.
 « Je m’inspire souvent du principe de la métamorphose, de l’hybridation pour créer des formes qui embrassent dans une même énergie le vivant et le perdu. L’humain, l’objet, l’animal, le végétal se croisent et se réinventent au gré de cette poétique de l’entre-deux et du devenir. […] Attendre est un voyage. Un état paradoxal qui associe l’immobilité du corps et le vagabondage illimité de la psyché. »  analyse l’artiste, créatrice notamment d'un intrigant fauteuil dont les pieds tentacules en font à la fois le siège de l'immobilité et de l'âme en mouvement, intranquille et inquiète bien qu'assise.

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Publié dans l'Union sous nom marital le 3 juin 2009
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 01:40

 Jusqu’au samedi 30 mai à la maison de la Vie Associative, l’exposition « La Maladie de A » pose un regard neuf et sans pathos sur le syndrome d’Alzheimer.  Ou comment la mémoire trébuche.

 « On n’est pas là pour disparaître ». Tel est le titre du roman d’Olivia Rosenthal sorti en 2007 dans la collection « Verticales » de Gallimard. Position ferme, teintée d’un demi-sourire, qui en dit long sur le ton et le sujet de l’exposition qui, depuis déjà le 19 mai, donne à voir autrement « La maladie de A ». 
A comme Alzheimer, dont le nom s’efface derrière sa seule et inquiétante initiale, comme la mémoire de ceux qu’elle ravage. Dans la nuit de l’oubli, tous les lieux sont gris. Ou bleus. « Les photographies sont toutes noyées de bleu, pour rendre perceptible ce que signifie ne plus reconnaître son propre foyer. Seuls apparaissent en couleurs quelques objets familiers susceptibles de réactiver le souvenir » précise le photographe Philippe Bertin. « Je travaille depuis longtemps sur la façon dont la mémoire est attaquée : collectivement, de l’extérieur, par la guerre, comme à Hiroshima, Auschwitz, Oradour-sur-Glane, ou individuellement, de l’intérieur, par Alzheimer. Aujourd’hui, une personne sur quatre a un membre de sa famille proche touché. » 
Un phénomène massif, mais qui pourtant conduit à l’isolement du malade et de ses proches, astreints à une présence et à une aide de chaque instant qui mène souvent à l’épuisement. « Il nous importait donc de permettre aux associations, aux malades, aux simples curieux de se rencontrer et de découvrir un nouveau regard, sans pathos, sur la maladie. » Ou comment réapprendre à communiquer quand la parole fait défaut, quand le lien de la mémoire se délite : en passant par le toucher, le regard, la transition des objets. Par la musique, aussi : hier soir à la Caisse d’Epargne, rue Carnot, le contrebassiste Gaël Ascal et la voix de Philippe Bertin faisaient vibrer leurs cordes sensibles, dans un dialogue entre notes improvisées et mots écrits.
Et dans le décor à la fois étrange et familier des photos exposées, les acteurs amateurs Jean et Suzon expriment ce qui se tisse dans un couple entre le malade et son aide : sans catastrophisme ni angélisme, entre poésie et espièglerie, ils laissent flotter le parchemin de leur vie dans la lumière bleutée qui nimbe la disparition des bateaux derrière la ligne d’horizon.

Le livre d’artiste mêlant les textes d’Olivia Rosenthal et les photos de Philippe Bertin, incluant le DVD « La maladie de A » est offert aux visiteurs de l’exposition, ouverte jusqu’au 30 mai, de 9h à 22h30, (sauf samedi de 9h à 20h.) Des rencontres sont organisées samedi 30 mai de 14h à 16h. A la maison de la Vie Associative, 9 rue Eugène Wiet.


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 Hier soir à la Caisse d’Epargne, le contrebassiste Gaël Ascal et la voix de Philippe Bertin faisaient vibrer leurs cordes sensibles, dans un dialogue entre les notes improvisées de l’instrument et les mots écrits d’Olivia Rosenthal. « Il n’y a pas de répertoire, pas de morceaux figés. Je travaille sur l’improvisation : de manière générale, et plus spécifiquement en ce cas, pour exprimer musicalement la façon dont la mémoire trébuche, reprenant une phrase et l’interrompant », explique Gaël Ascal. La lecture concert sera reprise à Caen en septembre, lors de la journée mondiale d’Alzheimer. 

Publié dans l'Union sous nom marital le 27 mai 2009
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 01:28

Avant-hier, jeudi 7 mai, eut lieu au collège Pierre Brossolette le vernissage de l’exposition « Bled El Khouf » présentant les œuvres confectionnées par deux classes de troisième. Le professeur et l'artiste, catalyseurs d’autoportraits travaillent sur la main, objet de regard et outil de construction.

Depuis le début de l’année, sous l’égide de leur professeur d’arts plastiques, Emilie Pernot, les élèves de 3ème 1 et 3ème 4 du collège travaillent avec l’artiste Ismaël Kachtihi del Moral. Le projet est né au printemps dernier. « Depuis cinq ou six ans, j’explore l’idée d’autoportrait, précise le plasticien. Non pas en peinture, où le genre archi-rebattu est difficilement renouvelable, mais sur divers supports, notamment vidéo. L’idée m’en est venue lorsque j’ai posé à ma mère, restée à Tanger où je suis né, la question suivante : « Si je venais à disparaître, que dirais-tu de moi ? » Et sa réponse était si loin de ce que j’étais, montrait si clairement qu’elle ne me connaissait pas, qu’il apparut nécessaire de poser la même question rituelle à mes amis, la vraie famille contemporaine. J’ai filmé ces réponses, dont l’addition donne un portrait croisé. » 
En somme, transposer de la peinture à la parole le principe du cubisme : juxtaposer les images observées depuis plusieurs points de vue, multiplier les angles et les fragments à défaut de les dépasser, de les transcender pour atteindre une hypothétique essence. Ou plus prosaïquement, appliquer à l’art du portrait la méthode du micro-trottoir : accumuler les opinions en espérant qu’en naisse une bribe de vérité.
Or le thème de l’autoportrait est un formidable catalyseur d’énergies à l’adolescence, cet âge crucial où se tisse la personnalité, où les identités se dépêtrent tant bien que mal avec les fibres emmêlées de leur être en devenir, où se noue et se dénoue le fil des émotions qui les submergent et leur laissent souvent sur les bras l’inextricable écheveau de leurs nerfs en pelote. 
« Afin d’aboutir à quatre courts métrages qu’ils ont eux-mêmes scénarisés et montés, les élèves ont modelé des mains à partir d’accessoires emblématiques, fabriqué des décors, se sont photographiés, jusqu’à concevoir un story-board des petits films qu’ils ont réalisés », explique Emilie Pernot. 
Chacun s’est donc emparé de son autoportrait, tantôt se représentant sous l’aspect stylisé d’un totem animal, tantôt sous les traits d’un personnage historique comme cette « Marie-Auxtoilettes » fort réussie. 
Ou comment l’esprit vient aux jeunes. 



Publié dans l'Union sous nom marital le 9 mai 2009
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 00:52

  Jusqu’au 15 mai, la Chambre de Commerce et d’Industrie expose les œuvres de Marc Gerenton : sculptures en pieds et mains, peintures en points et lignes. 

L’ensemble est très varié, et témoigne de la démarche de l’artiste : « J’aime explorer de nouvelles techniques, en m’imposant des contraintes changeant selon les périodes » précise Marc Gerenton.
Il y a d’abord, dans cette exposition intitulée « Le pied, la main, le point, la ligne », des sculptures en bois, figures humaines taillées dans la masse d’un bloc d’où émergent pieds et mains, où la trace du passage du ciseau est visible. 
Puis on se trouve devant de grands tableaux qui évoquent les plans du métro parisien : des lignes colorées rejoignant les points des stations. Mais non, il ne s’agit pas du tracé du RER. Comme parfois dans l’art contemporain, ce n’est pas toujours le résultat qui suscite l’intérêt que la démarche : il faut un mode d’emploi pour apprécier. Mais la réponse mérite néanmoins qu’on s’y arrête : « Je commence par tracer des lignes courbes avec de l’eau pure, à la plume. Je ne vois donc pas le tracé obtenu. Puis je parsème la feuille de taches de couleur qui se mélangent ensuite à l’eau, et par capillarité, innervent les lignes et les remplissent de couleur. » Dit comme ça, on comprend mieux l’idée.
Mais la technique prend une toute autre ampleur quand elle est associée à l’écrit : une plaquette de poèmes de Jean-Pierre Verheggen éditée à onze exemplaires numérotés par la maison « Rencontres » est parcourue de ces mêmes points et lignes colorés qui rythment et font danser les mots avec une grâce certaine. Cette maison d’édition fait collaborer poètes et peintres en proposant de beaux recueils où, toujours, une part est imprimée, et l’autre à la main : tantôt texte, tantôt image. Chaque exemplaire est donc unique.

Enfin, le jardin s’est couvert de sculptures dont le corps est évoqué par les lignes sinueuses et aériennes du fer forgé, dont seules les mains et les pieds sont pleins. La figure est ainsi indissociable du site où elle est exposée, puisqu’elle découpe une sorte de cadre gracile dans le paysage, évoquant le land art auquel Marc Gerenton a d’ailleurs consacré d’autres œuvres. Et la synergie entre la perspective et les courbes épurées du métal dégage un charme indéniable : l’œuvre donne à voir autant qu’elle se montre sans rien occulter du lieu qui l’accueille.



La CCI et le mécénat 

Depuis trois ans, la CCI organise dans le cossu hôtel particulier récemment rénové qui l’abrite deux expositions annuelles, en collaboration avec « Prisme », association rémoise de mécénat d’entreprise. « Les artistes accueillis sont toujours des professionnels qui vivent de leur art, dont la cote est déjà reconnue », précise Delphine Dethune, la responsable de la Communication. « Il n’y a cependant pas de service exclusivement consacré à la culture au sein de la CCI : elle relève du secteur communication, et vise à mettre en relation, via les expositions, le monde de l’entreprise et celui de l’art. La rencontre entre ces deux sphères souvent très éloignées l’une de l’autre par leurs valeurs et leurs préoccupations apporte une bouffée d’air frais. De plus, des mesures fiscales intéressantes sont prévues pour inciter les entreprises à devenir mécènes. » L’Etat peut ainsi subventionner indirectement les artistes contemporains, en passant par le privé, via les réductions d’impôt comme pour les dons des particuliers aux associations. Une brochure est éditée par la Mission du Mécénat du Ministère de la Culture et de la Communication sur le sujet.
Plus de précisions ici : mission-mecenat@culture.gouv.fr ou mecenatculturel@acfci.cci.fr 

Publié dans l'Union sous nom marital le 25 avril 2009
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 00:27

L’idée naquit un soir de février, ce mois à court de jours, à court de lumière et de chaleur. Trop de peu, trop de crise. Jusqu’à enfin s’écrier : « Fiat lux ! »

Emmanuel Delhom, chef d’entreprise et ami des arts à ses heures, décida donc d’en finir et de mettre le cafard à mort : l’exécution aura lieu à la Maison des Comtes de Champagne, mercredi 15 avril. Ainsi est né « Cafaramor », sympathique exposition garantie sans morosité. « Cent maux, roses idées », tel est le mot d’ordre, variante du vieux dicton : à quelque chose, malheur est bon. « Je ne suis pas mécène, en ce sens où, plutôt que d’injecter « passivement » des moyens financiers, je préfère donner de mon temps et de mon énergie, insuffler des initiatives, conjuguer les actions. La réunion de plus de trente artistes (peintres, sculpteurs, musiciens, plasticiens en tous genres,…) a nécessité des idées à développer, des contacts à prendre, mais très peu de fonds. Chacun participe avec ce qu’il sait faire : l’un (Toma Bletner) offrant la conception de l’affiche, l’autre (Jacques Michelet) son talent et son carnet d’adresses, etc... » 
Quelle meilleure réplique donner à la crise économique que de lui montrer qu’on peut se passer de l’économie ? Que l’action humaine peut échapper aux contraintes financières ? Qu’il y a des échanges qui se passent de l’argent ? Que les ressources sont humaines avant tout ? Plus de pétrole, mais toujours des idées. « Autonomie et bonne humeur » fut donc la consigne. Tous les artistes présents ici le sont « de leur plein gré » (aucun n’a été maltraité lors de l’organisation de la manifestation). Un lieu, la Maison des Comtes de Champagne, cette vénérable bâtisse à deux pas de la place du Forum a simplement été mis à la disposition des artistes. Pas de lourde infrastructure, pas de protocole pesant. « Libre à eux ensuite d’y faire jaillir l’étincelle qui naîtra de la rencontre avec l’œuvre exposée. Celle-ci est avant tout un moyen de susciter le dialogue. » Les tenants du Parnasse, doctrine de « l’art pour l’art » bondiraient en entendant l’hérétique affirmer que l’œuvre n’est pas à elle-même sa fin suprême. Mais qu’on se rassure : ce sera un feu de joie et non un bûcher qui permettra de briser la glace. Et d’autant plus facilement que « tous les participants, visiteurs et exposants, pourront avoir un badge affichant leur statut ou les raisons de leur présence. » Par exemple : artiste, curieux, amateur, « A vu de la lumière et est entré » 
L’affiche (« Contre la crise, tout contre ») annonce la couleur en paraphrasant la boutade de Sacha Guitry qui devait répondre de sa supposée misogynie : « Je suis contre les femmes. Tout contre. » Rien de plus jubilatoire en effet que de jouer avec les mots ou de jouer des mains sur un tableau. Rien de moins coûteux. L’art est le plus ancien et le moins nocif des antidépresseurs, c’est bien connu. Sus aux soucis ! Qu’importe le mouron, pourvu qu’on crée l’ivresse. L’ivresse de l’art, bien sûr. 


Publié sous nom marital dans l'Union le 11 avril 2009
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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 23:56

Ce 5 avril, comme chaque premier dimanche du mois, les musiciens du Conservatoire viendront jouer de l’archet à côté des chevalets et du piano face aux tableaux, afin qu’œil et oreille vibrent de concert.
 
Ce dimanche, à la faveur de l’exposition qui lui est consacrée au Musée des Beaux-Arts en partenariat avec le Louvre, se déploiera le deuxième volet d’un diptyque sur Corot. Paysages musicaux pour un peintre qui, l’un des premiers, donna à voir la nature comme un théâtre de verdure, les arbres comme des rideaux de feuillages autour de scènes champêtres. Des couleurs flottantes qui caressent le regard comme le frémissement d’un souffle d’air dans les rameaux, qui invitent comme peu d’autres à entrer dans le tableau, comme Alice traversant le miroir. 
  Goethe disait que «  la sculpture, c’est de la musique pétrifiée. »  On pourrait dire des tableaux de Corot qu’ils sont au contraire « de la musique fluidifée. »
La musique, c’est le rythme ; c’est l’art des sons et l’art du temps, alors qu’un tableau demeure figé. Or il n’y a pas de vie sans rythme, sans pulsation. Ne dit-on pas pour saluer une belle langue qu’elle est musicale ? Que l’économie d’un tableau est rythmée par telle ou telle couleur, telle ou telle ligne de force ?
Regarder un tableau en musique, c’est comme lui restituer le mouvement qu’il a capturé, associer aux longueurs d’ondes des couleurs celles des sons.

Dans « Eupalinos ou l'architecte », petit traité d’esthétique s’amusant à mimer l’emphase rhétorique des dialogues socratiques, Paul Valéry allait jusqu’à affirmer que la musique, avec l’architecture, étaient les deux seuls arts que vous pouviez habiter, qui avaient le pouvoir de vous envelopper totalement, dans lesquels vous pouviez vous blottir dans toutes vos dimensions :
«  D'un côté, la musique et l'architecture ; de l'autre, les autres arts. Une peinture ne couvre qu'une surface. [...] La statuaire, mêmement, n'orne jamais qu'une portion de notre vue. Mais un temple [...] forme pour nous une sorte de grandeur complète dans laquelle nous vivons. Nous sommes, nous nous mouvons, nous vivons alors dans l'oeuvre de l'homme ! […] Nous y respirons en quelque manière la volonté et les préférences de quelqu'un. Nous sommes pris et maîtrisés dans les proportions qu'il a choisies. Nous ne pouvons lui échapper. […]
{Quand] l'orchestre emplit la salle de sons et de fantômes, ne te semble-t-il pas que l'espace primitif est substitué par un espace intelligible et changeant ; ou plutôt que le temps lui-même t'entoure de toutes parts ? Ne vis-tu pas dans un édifice mobile, et sans cesse renouvelé, et reconstruit en lui-même. Et ces danses sans danseuses […] ne te semblaient-ils pas t'environner, toi, esclave de la présence générale de la musique […] comme une pythie dans sa chambre de fumée ? »
Comme une invitation à entrer dans les paysages de Corot en franchissant le mur des sons.


   
Publié dans l'Union sous nom marital le 4 avril 2009
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Anne Paulerville

  • : La danse du sens
  • La danse du sens
  • : Ce site est un book en ligne où sont archivés la plupart des deux cents articles publiés dans la presse depuis octobre 2008. La consultation par catégories facilite la lecture.
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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


Ceci est un book en ligne. Y sont archivés la plupart des deux cents articles publiés dans la presse depuis octobre 2008, toujours au minimum une semaine après leur publication, afin d'y être consultés si besoin est.
La lecture par catégories facilite l'approche.

Nota bene
Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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