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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 15:46

Greuze : Le Fils ingrat


Entre la SNCF* échouée sur la grève, l'avion qui se crashe et le volcan qui tousse, les transports des semaines passées ne battirent guère de records de vitesse. Il faut dire qu'avec les tonnes de kérosène qu'on lui postillonne à la figure, il eût été étonnant que la surface terrestre ne finisse par éternuer ! Car la fonte des glaces (due au réchauffement climatique, donc en partie aux transports) diminuant la pression au sommet des volcans islandais, ceux-ci jaillissent joyeusement, comme des bouteilles de champagne sans bouchon. Version aérienne de l'arroseur arrosé : l'enfumeur enfumé.

Sans aller jusqu'à l'austérité mystique de Pascal (le moraliste et mathématicien du XVIIème siècle, pas la star de télé) pour qui « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre », on peut se demander quelle mouche a piqué tant de gens pour qu'ils s'agitent ainsi frénétiquement d'un aéroport bondé à une gare surpeuplée. Entre tourisme de masse et délocalisations insensées, peut-être serait-il temps de revenir à plus de raison ? Qu'y a-t-il donc de si impérissable à l'autre bout du globe qui mérite de déplacer des montagnes de personnes et de fret ?

Comme si l'on voulait croire qu'on pouvait oublier ses soucis et se fuir soi-même en multipliant les kilomètres, alors qu'il est tellement moins cher de pratiquer le « voyage intérieur ». De provoquer des transports de joie et d'émotion en tous genres grâce à un livre, un film, ou simplement un peu d'imagination. 

« S'évader » en pensée. Une belle métaphore. Or « métaphore », en grec, ça signifie « transport » : on transporte littéralement le sens d'un mot de l'abstrait au concret, du propre au figuré. Et c'est drôlement moins lourd que des caravelles d'acier.


Mets ta laine et prends pas froid. Métaphore et prends pas l'train.


Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 30 avril 2010

 

*Après l'Education Nationale - mammouth, voici la SNCF - baleine (échouée).

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 14:31

 

 

FamineUkraine2.jpg

Enfants ukrainiens en 1933


"Ah, les jolies colonies des goulags..."

Aujourd'hui encore, certains font preuve d'indulgence, presque de nostalgie, envers leurs attendrissantes erreurs de jeunesse et les horreurs perpétrées au nom de cet idéal qui fait tant rêver. Et pourtant, si, la lucidité était possible. Certains ont vu (cf Raymond Aron, L'Opium des Intellectuels. Voir aussi, un siècle plus tôt, les analyses de Bakounine et Feuerbach qui avaient vu, déjà, chez Marx, le père intouchable, la dérive totalitaire inévitable de sa dictature du prolétariat et de sa religion sans dieu).

Ainsi lisait-on récemment à propos d'un documentaire sur "Les Rescapés du goulag" que des Juifs furent sauvés de l'Holocauste "grâce" aux goulags, ces joyeux camps de remise en forme.

Certes, dans le chaos des années de plomb et la loterie des déportations, certains ont pu échapper à la peste en survivant au choléra. Mais est-ce bien honnête de ne pas mentionner aussi que, durant le pacte germano-soviétique, Staline renvoyait à Hitler les Juifs qui fuyaient les persécutions nazies ? Qu'il déporta des dizaines d'ethnies rétives à la collectivisation de ses républiques dans les mêmes wagons à bestiaux, les rayant simplement de la carte ? Qu'il génocida par une famine organisée entre 4 et 6 millions de paysans ukrainiens en une seule année ? Que les SS prirent modèle sur les goulags ("Vingt ans d'expérience feront toujours la différence") pour construire leurs camps de concentration et leur appareil totalitaire, au cours de voyages d'étude et de stages organisés entre bons camarades ?  Qu'on y envoyait pour des années des ouvriers à cause de quelques minutes de retard à l'usine ? Qu'on y fusillait sans sommation pour un pas titubant de travers dans les rangs, considéré comme une tentative de fuite ? Qu'on pratiquait aussi, dans certains camps et dans les asiles psychiatriques, d'effroyables expérimentations médicales ? 

N'est-ce pas cautionner les pires abominations de sous-entendre que déporter, torturer, exécuter, épuiser aux travaux forcés, génocider, affamer des millions de personnes, c'est "moins grave", "plus humain", si c'est pour une idée généreuse comme le communisme et non à cause de la haine raciale ?

Ca lui fait une belle jambe, au supplicié, qu'il ait été sacrifié au nom de la dictature du prolétariat et pas de son ethnie !

La seule mesure éthique en ces domaines est la souffrance humaine. Toute autre ratiocination est monstrueuse.

Même Poutine s'incline à Katyn, c'est dire ! Mais s'il faut payer chaque massacre reconnu par le crash d'un avion, ça va finir par coûter cher.

 

***

Rappel de quelques modestes bilans approximatifs (pour cause d'archives toujours verrouillées et souvent supprimées) : 

Staline : 20 millions de morts, dont environ 5 millions de paysans ukrainiens affamés méthodiquement en 1933. 

Mao : 60 millions de morts, dont 30 millions lors du Grand Bond en avant de 1958, dix ans avant les défilés d'étudiants maoïstes en mai 1968. Ceux-là mêmes qui continuent inlassablement, la conscience immaculée, de stigmatiser le moindre contradicteur en l'accusant de fascisme.

 

Vous reprendrez bien un peu de décence ?

 


Version longue de l'article publié dans l'Hebdo du Vendredi le 16 avril 2010

 

 

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 14:22

 

AffaireDreyfus-CarandAche.jpg

  13 février 1898 : L’Affaire Dreyfus par Caran d’Ache

Vignette 1 :  Surtout, ne parlons pas de l'Affaire Dreyfus.

Vignette 2 : Ils en ont parlé.

 

Lorsqu'éclate l'Affaire Dreyfus en 1898, les passions déchaînées entre Dreyfusards et Antidreyfusards sont d'une telle violence que le caricaturiste Caran d'Ache illustre le climat tendu avec ces deux vignettes où tout est dit. "Surtout, n'en parlons pas."

Force est de constater en effet que la société française, "patrie de la liberté", est très prompte à fabriquer des tabous. Etrange qu'au pays de Descartes et des Droits en tous genres, cette pratique qui relève de la pensée magique ait tant de succès. Car décréter tabou tel ou tel thème revient à croire que taire un problème suffit à le résoudre, et qu'en parler réveille le pouvoir occulte d'une dangereuse malédiction. Et c'est bien en effet de religion et d'idéologie qu'il s'agit. Ces chantres de la tolérance (les plus prompts à excommunier), ces apôtres autoproclamés de la bien-pensance et de la liberté d'expression (la leur exclusivement) ont pris le relais des bigots d'antan. Tartuffe a encore de beaux jours devant lui : "Cachez ce réel que l'on ne saurait voir".  Magnifiquement ouverts d’esprit, (mais seulement avec ceux qui pensent comme eux), ils bâillonnent le débat d'idées, assènent leurs certitudes ou éludent dès qu'ils sont mis face à leurs contradictions, entretenant la confusion avec une habileté superficielle mais suffisante pour embrouiller les sots. Croyant que le sarcasme et le second degré peuvent tenir lieu de réflexion politique, ils brandissent leur deuxième arme, l'anathème, quand la première ne suffit pas. Il est certes bien plus simple de frapper d'interdit un sujet que d'argumenter. A la moindre velléité de raisonnement dialectique, ils sortent leur album Panini de cartes de partis, et essaient de vous coller sur le dos une étiquette politique qui vous rendra fréquentable ou non. Mais on ne se laisse pas encarter si facilement. 

Hop, encore raté ! C'est ballot !

La bêtise, c'est simple comme un jeu de cartes.


Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 9 avril 2010

 

 

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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 09:57
RegionsFromage.jpg

Région. De rex, regis : le roi, en latin.
Car une région, c'est avant tout la terre sur laquelle régnaient ducs ou comtes (duchés de Bretagne ou de Bourgogne, comtes de Champagne,...) La République révolutionnaire de 1789 ne s'y est pas trompée, en créant les départements dont le découpage quasi mathématique court-circuitait les vieilles provinces trop ancrées dans les traditions d'Ancien Régime. Pour doter les nouveaux morceaux de l’Hexagone d'un nom qui évitait soigneusement toute référence aux régions ignorées à dessein, on ne les désigna que par les fleuves et affluents qui les traversaient.
(Leur taille fut d'ailleurs calculée pour permettre de se rendre à la préfecture, depuis leur point le plus éloigné, en moins d'un jour à cheval. En outre, lorsque la ville principale du département tout neuf était aussi le siège d’un diocèse par trop symbolique, comme c’était le cas de Reims, bien sûr, ville du sacre des rois honnis, elle ne pouvait prétendre à accueillir le siège du représentant de l'Etat, et se voyait détrônée par une cité moins grande.) 
L'Etat jacobin invente les départements ; la décentralisation réintroduit les régions.
Ce n'est qu'au lendemain de la Première Guerre Mondiale que les régions réapparaissent timidement. Et ce fut un référendum sur la régionalisation qui fit chuter De Gaulle en 1969 : « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 246 variétés de fromages ? »
Aujourd'hui, l'importance croissante des régions qui tendent à se substituer peu à peu aux départements pour éviter les ruineuses redondances administratives coïncide avec celle de l'Europe dont la législation se mêle de plus en plus étroitement aux lois nationales.
La France et ses départements ; l'Europe et ses régions. 

Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 26 février 2010
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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 20:24


lapin.jpg


On connaissait le coup du lapin. Voici le test du lapin. 
Car n’est-ce pas une ingénieuse façon de vérifier la placidité et le caractère conciliant d’un(e) éventuel(le) petit(e) ami(e) que de lui poser un lapin ? 
Si il (ou elle) se montre irascible au-delà du raisonnable et éclate d’une colère à la limite de l’hystérie au premier rendez-vous raté, l’affaire est entendue : la love-affair n’aura pas lieu. Courage, fuyons ! 
Si il (ou elle) se montre compréhensif(-ve), on peut affiner le profil du sujet en élaborant une échelle comparable à celle de Richter, mais pour les séismes du cœur ; le nombre de lapins atteint étant celui auquel le cobaye résiste sans se mettre à tout renverser sur son passage par ses tremblements de rage. Un peu comme les étoiles pour les skieurs. 
Sauf que là, on remplace le « sk » de « skieur » par « ch ». 

Un lapin : terrain glissant, sujet aux avalanches. A éviter.
Deux lapins : surface bosselée, moyennement stable. A aborder avec circonspection.
Trois lapins : piste de luxe, moelleuse sous le pied.

Au-delà, on atteint le grade honorifique du bouquetin, bête à cornes de haute montagne, qui conserve sa noblesse en toutes circonstances, gardant le pied sûr même au milieu des éboulis les plus escarpés : morceau de choix, première catégorie.
Il y a aussi des variantes : par exemple, un rendez-vous annulé quelques heures seulement auparavant s’appelle un lapereau. Un lapereau équivaut à un demi-lapin. 


Notez que si le lapereau épargne au délaissé le pénible temps de l’attente angoissée proprement dite, il lui inflige tout de même le châtiment de la préparation pour rien, ce qui, s’il s’agit d’une dame, peut valoir son pesant d’efforts : ravalement de façade, passage au papier de verre, polissages en tous genres, lessive et repassage express de la petite robe qu’on veut absolument porter, sans compter le bain annuel si c’est une cousine d’Abraracourcix…
A vot’bon cœur, m’sieur’dame. 

NB : entrent aussi dans la catégorie « Lapin » les messages sans réponses et autres tristes silences. En ce cas, on parle de lièvres. Un lièvre peut parfois donner la fièvre. C’est la fièvre caf’rdeuse.
Ex : « La petite a encore de la fièvre. Elle a essuyé un lièvre. » (Oublié de Bas’l’Sac, Splendeurs et Misères des Courtisanes. A moins que ce ne soit Illusions Perdues.)



Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 19 février 2010
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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 19:57

http://aiguebrun.adjaya.info/public/image/art-nature/toile-araignee-perles-rosee_5600.jpg


L’ancêtre d’Internet est né en 1969 (année numérique), au département de la défense américaine : le réseau de communication informatique représente donc d’abord un enjeu stratégique majeur. Devenu public en 1979, il fut alors utilisé par les universitaires. Généralisé aux entreprises, il sort des Etats-Unis en 1983, mais c’est en 1992 que les fournisseurs d’accès aux particuliers apparaissent et qu’il devient le www, le World Wide Web, « la toile vaste comme le monde » que l’on connaît aujourd’hui.

La semaine dernière, apparaît dans le principal navigateur utilisé dans le monde, Internet Explorer pour ne pas le nommer, développé par Microsoft une faille de sécurité telle que la Secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, intervient dans un discours qui froisse la susceptibilité de l’Empire du Milieu, pour lequel la libre circulation de l’information et de l’opinion n’est pas toujours la bienvenue.
Certes, l’immensité d’un tel espace de liberté n’est pas parfaitement compatible avec une sécurité absolue. Mais il n’est pas pour autant certain qu’une ignoble veuve noire baptisée Big Brother se tienne au milieu de la toile. Plus probablement peut-on redouter les incursions de moucherons pirates qui endommagent les mailles les plus fragiles du réseau : les scripts de banales pages des sites inoffensifs qui ne sont pas régulièrement entretenus, où les pirates peuvent tranquillement insérer des chevaux de Troie pour piller les données des ordinateurs personnels et prendre leur contrôle à distance. 
Mais comme dans la vraie vie, le meilleur moyen de ne pas attraper de Virus Internètement Transmissible consiste à ne pas avoir de comportement à risques et à ne pas fréquenter les sites infréquentables et agressifs où l’on nage en eaux troubles. 
Ne pas se mêler au côté obscur de la toile.


Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 29 janvier 2008



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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 17:28
Toussaint-Louverture.jpg


Décidément, Haïti semble né sous une bien mauvaise étoile, et ne cesse de subir la néfaste influence des astres. (Ceci n’est pas un jeu de mot, mais bien l’étymologie de « désastre ».) Depuis son indépendance en 1804, suite à la révolte des esclaves menée par Toussaint Louverture, affranchi formé à l’art de la guerre par l’armée espagnole de St Domingue, le petit état est ballotté de cyclones en dictatures toutes plus violentes et corrompues les unes que les autres, toutes aussi peu soucieuses de l’intérêt général et du développement du pays. On se souvient de l’effroyable régime des Duvalier (les sinistres Papa et Bébé Doc) qui sévirent de 1957 à 1986, mettant le pays à feu et à sang avec les escadrons de la mort des tontons macoutes.
C’était bien la peine de batailler pour sa liberté, et finir enseveli sous la corruption, la tyrannie, la misère et les décombres d’un des séismes les plus meurtriers de l’histoire. Mais l’oncle Sam ne devrait pas tarder à remettre sous tutelle le tronçon d’île : l’aide est rarement gratuite. Après tout, si cela peut leur permettre de sortir de la spirale infernale dans laquelle ils dérivent sans fin.
Car les séismes émeuvent toujours l’humanité entière, comme figée dans la terreur ancestrale de la colère tellurique des dieux. En 1755, celui qui fit de Lisbonne un immense cimetière de ruines bouleversa toute l’Europe, et Voltaire en particulier, qui exprima son désarroi en plus de deux cents alexandrins, dans son  Poème sur le désastre de Lisbonne : 


« Accourez, contemplez ces ruines affreuses,
Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,
Ces femmes, ces enfants l’un sur l’autre entassés,
Sous ces marbres rompus ces membres dispersés ;
Cent mille infortunés que la terre dévore,
Qui, sanglants, déchirés, et palpitants encore,
Enterrés sous leurs toits, terminent sans secours
Dans l’horreur des tourments leurs lamentables jours ! »



Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 22 janvier 2010
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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 17:18
Asterix-sictransit.jpg


Au Moyen Age, soumettre un prisonnier à la question signifiait le torturer : doux euphémisme ! Aujourd’hui aussi, il peut arriver que la lecture de certaines questions constitue une douloureuse épreuve : pour le candidat malchanceux à un examen, ou même pour le convive des bombances gastronomiques que nos foies viennent de traverser.
Car il n’y a pas que dans les huîtres que l’on trouve des perles : dans les Apéricubes aussi. Amère étude : le fromage de l’inexpressif. Peut-être avez-vous remarqué en l’espace de quelques décennies une inquiétante évolution des questions figurant sur les petits cubes argentés. Une dérive qui pose question, justement.
L’histoire et la littérature ont presque entièrement disparu au profit du sport et du show-business. Afin de divertir les oiseux grignoteurs, ce n’est plus le Petit Robert qu’épluchent les rédacteurs de ces pelures d’aluminium, c’est le programme télé !
Pour notre contemporain moyen, la culture, ce n’est pas avoir une vague idée des pépites d’or de l’intelligence humaine qui sont parvenues à nous éclairer et nous construire par delà l’écume des siècles.
C’est connaître les derniers résultats sportifs ou les paillettes de pourriture télévisuelle qui auront rejoint le néant absolu que mérite leur inanité dans moins de dix ans au mieux. Henri IV ou Balzac n’ont aucune chance contre le dernier présentateur de la Star’Ac.
«O tempora, o mores ! Sic transit gloria mundi*. »
Les historiens savent bien que les déchets sont très révélateurs des civilisations qui les produisent. Avec notre société, les archéologues seront servis en abondance : dis-moi ce que tu jettes, je te dirai qui tu es. 
Pour connaître l’homme, sondez les reins et les cœurs.
Pour comprendre le consommateur, videz cendriers et poubelles. 
Anne Paulerville
 
* « Ô temps, ô mœurs ! Ainsi passe la gloire du monde. »

Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 8 janvier 2010
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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 15:18

Enfances-077.jpg



En cette période d’Avent, c’est, comme toujours, une débauche d’achats, une orgie de dépenses qui célèbrent bien plus la mécanique implacable de notre société d’hyperconsommation effrénée, que la renaissance de la lumière et la naissance, il y a deux mille ans, de celui qui l’incarne encore aujourd’hui pour des milliards de personnes. De plus en plus nombreux d’ailleurs sont les enfants qui ne savent plus ce que cette fête signifie : ce qui, bien au-delà de l’aspect religieux, est inquiétant du point de vue culturel.
Or, carte bleue et symbole font rarement bon ménage. Il suffit d’observer la mine penaude de ceux qui osent encore offrir un cadeau pas assez cher : « Oh, c’est symbolique ! » s’excusent-ils piteusement. Mais ça tombe bien, parce que Noël, justement, c’est un symbole ! Quelle coïncidence ! 
Et quel besoin avons-nous d’en rajouter avec ces présents qui iront encombrer des foyers déjà suréquipés de gadgets poussiéreux et alimenter un peu plus cette énorme machine à générer des déchets ? Pour les enfants, fort bien, quoique la valeur affective des jouets est inversement proportionnelle à leur quantité. Mais pour les adultes ! Quelle infantilisation ! 
Et combien sont-ils, les cadeaux qui font autant plaisir à ceux qui reçoivent qu’à ceux qui offrent, et qui ne confirment pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions ? 
Mais en ce domaine aussi, l’amour est aveugle, et il est rare que l’on « tombe juste ».
Au lieu de nous ruer, toutes voiles et cartes dehors, dans les rayons trop achalandés de nos boutiques débordantes, pourquoi ne pas offrir des arbres ?
Non, pas un sapin coupé ! Plutôt le certificat délivré par un organisme ad hoc (facile à trouver sur Internet) qui atteste qu’on a bien financé la replantation d’un arbre dans une forêt ravagée. C’est bien, les arbres. Ca offre obligeamment son tronc prévenant aux amoureux qui s’étreignent, ça abrite du soleil et du vent, et ça fait respirer.
Plantez des arbres !



Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 11 décembre 2009
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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 15:11
http://www.visiondurable.com/images/stories/photos_articles/avions_prestige_car_travel_co_uk.jpg


Chez les animaux, il y a les oiseaux migrateurs, les transhumances de troupeaux dans les alpages, les migrations en quête de meilleurs pâturages.
Chez les humains, la mobilité, c’est soit la liberté, soit la misère.
Liberté, car la possibilité de mobilité est une promesse, une respiration loin du quotidien étouffant.
 Misère, car la mobilité imposée est une oppression.
Symbole du luxe et source de plaisir lorsqu’il s’agit de s’offrir un peu d’exotisme ou de choisir l’automobile de ses rêves, la mobilité devient un cauchemar lorsqu’elle est une contrainte, et que la perspective de retrouver son nid douillet au retour n’existe plus. 
Alors, ce n’est plus un voyage, c’est un exil.
Certes, l’homme n’est pas un arbre : il ne meurt pas si on le déracine.
Mais il y a dans la mobilité forcenée de l’homme moderne une agitation insensée par laquelle il espère compenser son vide intérieur. 
Car la mobilité, ce sont aussi les délocalisations mortifères pour le tissu économique et social local, et aussi prodigues en émissions toxiques et gaz à effet de serre que le tourisme de masse.
La mobilité, pour le fils cadet d’une mère sahélienne, ça consiste à rejoindre un illusoire Eldorado européen dans la cale polaire d’un avion ou sur la coquille précaire d’un passeur avide au large de Gibraltar ou de l’Eurostar.
La mobilité, chez France Télécom, c’est l’impossibilité de construire un foyer : quitter sa maison, sa famille, ou arracher ses enfants à leur école, sa femme à son travail,…
La mobilité, pour un yaourt à la fraise, d’après une étude universitaire allemande, c’est un total de plus de 8000 km parcourus jusqu’au supermarché : des fraises de Pologne ou d’Espagne, le lait d’ailleurs encore, le plastique du pot de l’autre bout de l’Europe, etc… 
Homme libre, toujours tu chériras ta terre.


Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 20 novembre 2009
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Anne Paulerville

  • : La danse du sens
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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


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Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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