Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 01:23

 Cette semaine, la Comédie accueille deux spectacles : « Arrêtez le monde, je voudrais descendre », du Théâtre Dromesko, et « La Visite de la Vieille Dame », de Friedrich Dürrenmatt, par la troupe de RMS dirigée par Malick Gaye. 

« Arrêtez le monde, je voudrais descendre » : le titre même de cet objet scénique non identifié projette déjà le spectateur dans une dimension co(s)mico-poétique annonciatrice d’un vertige peut-être pas déplaisant. Igor et Grichka Bogdanov emmenaient les adolescents des années 1980 dans le cosmos : Igor et Lily, les deux « âmes-orchestres » de ce spectacle inclassable cherchent à répondre à la question que pose le premier d’entre eux : « Est-ce le monde qui tourne ou nous qui valsons ? ». 
On peut certes se le demander, mais il n’est pas garanti que la réponse existe, puisqu’on sait bien depuis la découverte des lois de la gravitation universelle par Kepler et celles de la relativité par Einstein que pas un seul point de l’univers n’est immobile ni n’échappe au tournoiement généralisé. Humains atteints du mal de terre s’abstenir. 
Quelle meilleure métaphore en effet pour désigner le monde que celle du manège ? Il n’est hélas guère d’autre moyen pour en descendre que de le quitter. A moins d’essayer, faute de parvenir à courir aussi vite que lui, de lui opposer ses propres rythmes, sa propre danse. Frotter ses cordes au monde faute de pouvoir l’arrêter. Une ritournelle contre le tournis. C’est ce que semblent avoir choisi les acteurs de la pièce, innervée par des musiciens d’inspiration tzigane dont les vibrations réactivent les pulsations telluriques du chaos. On ne peut le ranger ? Qu’on y danse, donc. « Vous chantiez ? Eh bien dansez maintenant. » Mais c’était bien leur intention ! Et pour donner à cette joyeuse troupe tout l’espace nécessaire à son agitation sidérale et sidérante, une salle de théâtre ne suffisait pas : il lui fallait tout le parvis de la Comédie pour installer sa baraque de bois (avec chauffage et confort, rassurons-nous) et y déployer tout son monde : des danseurs, des acteurs, des musiciens rivés à leurs cordes et une ménagerie en liberté (dindon et cochon, âne et chèvre, poule et chien). Du jamais vu à voir.  

Dans une autre veine mais avec la même volonté de peindre le monde dans ses contradictions, on pourra assister demain, dans la grande salle de la comédie, à la pièce qui valut en 1955 au suisse Friedrich Dürrenmatt un succès éclatant : « La Visite de la Vieille Dame ». Avec les étudiants de RMS, Malick Gaye a mis en scène cette tragicomédie brassant les pires vilenies avec une féroce jubilation. Une vieille dame, chassée de son village dans l’humiliation et le déshonneur, revient cinquante ans plus tard, milliardaire, pour y célébrer son neuvième mariage et y assouvir sa vengeance : veulerie, hypocrisie, cupidité, un festival de vertus qui célèbre les beautés dont sont capables les tréfonds misérables de la nature humaine. Et l’avarice des personnages est proportionnelle à la générosité avec laquelle les étudiants de RMS ont donné bénévolement de leur temps, « sans compter leurs heures, avec l’énergie de vrais professionnels », dixit leur metteur en scène admiratif, Malick Gaye.

Publié dans l'Union sous nom marital le 6 mais 2009



Partager cet article

Repost 0
Published by Anne Paulerville - dans Culture - théâtre
commenter cet article

commentaires

Anne Paulerville

  • : La danse du sens
  • La danse du sens
  • : Ce site est un book en ligne où sont archivés la plupart des deux cents articles publiés dans la presse depuis octobre 2008. La consultation par catégories facilite la lecture.
  • Contact

Il paraît que le sens peut danser sur les mots


Ceci est un book en ligne. Y sont archivés la plupart des deux cents articles publiés dans la presse depuis octobre 2008, toujours au minimum une semaine après leur publication, afin d'y être consultés si besoin est.
La lecture par catégories facilite l'approche.

Nota bene
Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



Recherche

Archives