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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 09:28

Du 14 au 18 octobre 2008, la Comédie de Reims propose une création de Julie Bérès, Sous les Visages.


Comme le titre l’indique, il s’agit de la mise au jour des multiples identités que recèle chaque visage humain. Dans une société contemporaine tiraillée entre l’exhibition de performances technologiques et économiques de plus en plus foisonnantes, et d’autre part le précaire isolement de tout individu qui ne répond pas à ces exigences formatées, la tentation est grande pour ces derniers d’oublier leur identité propre pour se fondre dans celle qui leur est montrée en exemple, qui est attendue d’eux.


Et l’on assiste alors à la virtualisation des rapports humains, à une identification absolue où la personne, réduite dans toutes les dimensions de sa vie au simple rôle de spectateur, ne se distingue plus de l’archétype qui la fascine. Une vie par procuration à la limite de la sidération, où l’individu renonce précisément à ce qui le constitue (in-dividu, entité indivisible, intégrité inaliénable) pour se fractionner en une infinité d’images.


Et l’invasion de ces images imposées s’oppose précisément à la liberté de l’imaginaire personnel, à l’émergence de paysages intérieurs, de jardins secrets inaccessibles.


Le règne de l’apparence prend le contrôle des consciences, s’insinue dans l’armature intime de chacun pour s’y substituer peu à peu. Logos (ceux des grandes marques, des belles icônes) contre logos (celui de Platon et d’Aristote), lutte de pouvoir dont l’enjeu consiste à prendre le contrôle des territoires disponibles dans le cerveau de chacun.

 
Ce qui se joue à cette échelle vertigineuse du subconscient se traduit, sur le plan de la représentation, par une mise en images fortement teintée de surréalisme, puisqu’il s’agit de donner à voir ce qui se trame dans le sous-sol de nos crânes.

 

Avec la Compagnie des Cambrioleurs, Julie Bérès veille pourtant à ne pas transformer cette plongée dans les profondeurs de l’identité dissoute en un tableau si noir que son spectacle en deviendrait insoutenable. L’onirisme dérape parfois dans le burlesque, soulignant du point de vue stylistique les ressources que recèle la matière humaine, rétive par ses défauts mêmes,mais aussi par son irréductible richesse, à un formatage trop parfait. La résistance au conditionnement surgit parfois de là où on ne l’attend pas : non pas de la figure héroïque d’une volonté drapée dans sa dignité, dressée contre l’invasion des modèles imposés, mais de la mystérieuse alchimie de l’imaginaire qui, à son insu ou pas, transforme toute image reçue en une matière distordue qui n’appartient qu’à lui. Le syndrome de l’incommunicabilité au secours des excès d’une société de communication ?


  Publié dans l'Union sous nom marital le 11 octobre 2008


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Anne Paulerville

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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


Ceci est un book en ligne. Y sont archivés la plupart des deux cents articles publiés dans la presse depuis octobre 2008, toujours au minimum une semaine après leur publication, afin d'y être consultés si besoin est.
La lecture par catégories facilite l'approche.

Nota bene
Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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