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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 02:40
 Un trésor de plus que l'on pourra redécouvrir au musée Le Vergeur dans l'exposition qui s'y tient depuis le 30 juin, et jusqu'au 30 août 2009.

 
On célébrait en 2008 le 400ème anniversaire du peintre flamand Jacob Backer. A cette occasion, deux expositions d'envergure internationale (l'une à Amsterdam, l'autre à Aix-la-Chapelle) rassemblèrent l'essentiel des oeuvres de cet artiste majeur, aussi illustre à son époque qu'injustement méconnu aujourd'hui. Jacob Backer, issu comme son nom l'indique d'une famille de boulangers, fut longtemps confondu avec Frans Hals, sa vie fort sage et quasi monacale laissant apparaître en relief fort peu d'indices biographiques propres à en caractériser l'existence.
Si maints musées bataves prêtèrent les tableaux du maître présents dans leurs collections permanentes, ce fut aussi le cas du Musée Le Vergeur qui se sépara durant huit mois de son "Double portrait d'un marchand soyeux de 62 ans et de sa femme". 
Afin de fêter dignement le retour du tableau prodigue, le Musée Le Vergeur organise donc durant les deux mois d'été une exposition toute entière consacrée à ce chef d'oeuvre du siècle d'or hollandais, et la richesse des panneaux explicatifs qui entourent l'oeuvre comme un écrin lui offre un éclairage historique d'une extrême et précieuse précision, indispensable pour comprendre le sens de ce genre pictural indissociable du contexte économique, social et religieux qui le vit naître.
Ce n'est qu'à l'issue de la sinistre Guerre de Trente Ans, par le Traité de Münster signé en 1648, que les Provinces-Unies acquirent leur indépendance, après avoir longtemps été soumises aux jougs rivaux de la Bourgogne puis de l'Espagne, via l'Empire de Charles Quint.
Mais le XVIIème siècle flamand connaît une prospérité économique et offre une liberté de culte sans équivalent alors en Europe : afflue alors aux Pays-Bas toute une élite intellectuelle, commerçante, industrieuse, protestante souvent, soucieuse de témoigner, avec discrétion mais assurance, de sa réussite sociale. 
C'est l'âge d'or du portrait où s'illustrent entre autres Vermeer ou Rembrandt. Les images mises à la porte des églises par les austères calvinistes iconoclastes reviennent par les fenêtres des maisons bourgeoises toutes fières de faire état de leur digne et sobre aisance.
Car si Calvin interdisait les sujets religieux comme sacrilèges, il tolérait la peinture privée, surtout lorsqu'elle illustrait à merveille l'éthique humble mais ferme du mérite personnel qu'il prônait.
D'où le clair-obscur caractéristique de ces portraits où de sévères visages émergent à peine de l'ombre où se perdent le décor et les tenues dépouillées ; où seuls témoignent du statut des protagonistes les quelques attributs auxquels le peintre accorde un soin réaliste d'une éblouissante minutie, comme ce reflet d'un rayon de lumière ricochant sur le métal d'une paire de lunettes.

 
Ecrit pour l'Union sous nom marital en juillet 2009

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Published by Anne Paulerville - dans Culture - patrimoine
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Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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