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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 21:47

 En avance sur le Printemps des poètes, depuis ce mardi et jusqu’au 2 mai 2009, la Bibliothèque Carnegie consacre une exposition à René Daumal, poète rémois du Grand Jeu qui traversa sa vie comme une comète. 
Un tiers de siècle entre deux guerres.

On a beau dire, l’humaine condition y échappe rarement : c’est hélas bien souvent dans la douleur que l’on enfante, et que les guerres engendrent des chefs d’œuvre. C’est ainsi sur les décombres de la Première Guerre Mondiale que Reims se reconstruisit pour faire fleurir l’Art Déco, et que nombre de mouvements artistiques naquirent de la conscience de l’horreur et de son absurdité. 
Ce fut le cas du surréalisme et de son avatar rémois, le simplisme, à la fois proche et distinct. En 2004, l’ensemble des structures culturelles de la ville organisèrent des manifestations pour sortir d’un oubli immérité ce groupe de jeunes poètes rémois qui se rencontrèrent dès le lycée et fondèrent en 1928 la revue qu’ils intitulèrent « Le Grand Jeu ».
 
L’un d’eux, René Daumal aurait eu 101 ans en mars prochain, mais comme à tant d’esprits précoces et bouillonnants, le tiers de siècle lui fut fatal, puisqu’il s’éteignit à 36 ans de la tuberculose, au printemps 1944. Une brève existence déployée fébrilement entre deux guerres, à la recherche d’un « dérèglement de tous les sens » selon l’expression de Rimbaud, né comme lui dans les Ardennes et comme lui poète dont la quête d’absolu ne lui permit aucune compromission à la tiédeur du réel, y compris une morne longévité. 
Adepte des expériences extrêmes et de diverses substances destinées, comme l’opium, à ouvrir des champs de perception insoupçonnés des « gens normaux », René Daumal conçoit, comme ses compagnons d’écriture, l’inspiration littéraire et artistique comme une pratique quasi-divinatoire, traquant, telle une Pythie au milieu de ses fumées éthérées, les signes incantatoires qui lui permettent de trouver la pierre philosophale du génie, enfouie sous les strates du subconscient dont la psychanalyse vient juste de découvrir l’existence.
Il y a bien sûr dans cette œuvre et dans la posture du personnage, toute la rébellion d’une jeunesse en révolte contre la génération de ses pères, partis comme un seul homme se faire égorger dans les tranchées aussi docilement que le troupeau à l’abattoir. C’est donc par provocation que le groupe s’affubla du nom de « simplisme », en réaction à la remarque désobligeante de leur professeur de philosophie, le futur ministre collaborationniste Marcel Déat.  

Ce passage dans l’histoire aussi bref que riche vaut qu’on le redécouvre. Mais il faut le savoir : nulle affiche n’indique de l’extérieur l’existence de cette exposition qui mérite pourtant le détour, ne serait-ce que par la présence de manuscrits, cette espèce émouvante en voie de disparition, et des panneaux explicatifs fort complets.

Article paru dans l’Union sous nom marital le samedi 21 février 2009

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Published by Anne Paulerville - dans Culture - livres
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Anne Paulerville

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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


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Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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