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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 22:34

Les muses s’entendent pourtant bien. Quel dommage qu’on ne leur permette pas plus souvent de jouer un peu ensemble. C’est toutefois ce que propose à deux d’entre elles (si l’on veut bien tolérer quelques entorses à l’orthodoxie de leurs attributs) le programme « Musique au Musée ». Quand la musique donne voix aux tableaux...

Depuis six ans maintenant, le premier dimanche matin de chaque mois, les professeurs et les étudiants du Conservatoire donnent en effet un concert gratuit au Musée des Beaux Arts. « Il s’agit de faire dialoguer les tableaux avec des œuvres musicales qui leur correspondent, ce qui crée un climat très particulier » explique Marc Lefèvre, professeur du Conservatoire responsable de l’initiative.
Ce dimanche 1er février, ce sera l’univers de Marcel Proust qu’on évoquera à travers la présentation de plusieurs tableaux impressionnistes qu’il a particulièrement admirés : Monet, Pissaro, Raffaelli,… dont la vibration de couleurs sera mise en résonance avec les œuvres musicales que Proust aimait écouter : un quatuor à cordes de Beethoven, des œuvres de Schuman, mais aussi de Reynaldo Hahn, dont il partageait la vie ; sans oublier bien sûr les mélodistes français du tournant du siècle : Fauré ou Debussy. 
« Mais il ne nous intéressait pas de retrouver, comme cela fut déjà fait à maintes reprises, les fameuses œuvres dont il est fait mention dans la Recherche. Nous voulions recréer l’atmosphère dans laquelle Proust aimait à se plonger » précise Marc Lefèvre.

Car si tout le monde connaît, sans souvent l’avoir lue, l’existence d’ A la Recherche du Temps Perdu , le grand public sait moins que Proust fut aussi un critique d’art reconnu et fécond, notamment à travers son ouvrage « Les Plaisirs et les Jours » et son traité « Contre Sainte-Beuve », dans lequel, s’opposant au colossal critique du XIXème siècle, il prend des positions fondatrices de la modernité littéraire. 
Et le travail de Proust sur les méandres de la mémoire est indissociable des émotions esthétiques dont l’archétype est devenu celui de la fameuse madeleine.
Mais musique et peinture sont bien plus centrales dans l’œuvre de Proust : on ne verra pas dimanche « le petit pan de mur jaune » de la vue de Delft par Vermeer devant la beauté duquel Bergotte meurt d’émotion, ni n’entendra les œuvres dont on suppose inspirée la « petite phrase » de Vinteuil qui fascinait tant Swann. (On pense notamment à César Franck, Fauré, ou Saint Saëns)
 Et ce sont pourtant les mêmes vibrations dont on pourra s’imprégner, expérimentant ainsi la conception commune à Proust et Baudelaire des « Correspondances » entre toutes sensations : un son évoque une couleur, qui réveille le souvenir d’un parfum,… dans une perméabilité sans fin de la mémoire.


 
Publié dans l'Union sous nom marital le 31 janvier 2009

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Published by Anne Paulerville - dans Culture - musique
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Anne Paulerville

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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


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Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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