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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 20:40

 Les Rémois ont encore jusqu’au 15 novembre pour admirer à la Bibliothèque Carnégie et à la Médiathèque Cathédrale  les somptueuses enluminures médiévales des livres d’heures de Champagne.

Chaque époque réinvente son rapport au temps. Aujourd’hui, on vit les yeux rivés sur son portable, consultant ses messages, les cours de la bourse ou les résultats sportifs, dans une accélération effrénée de la vie quotidienne, où ne pouvoir accomplir qu’une seule tâche à la fois constitue un handicap mortel.
Le Moyen Age représente en ce domaine l’exact contraire de notre modernité. Chaque journée y est scandée par des rituels religieux figés.
Ainsi, le livre d’heures, c’est un peu l’iPhone du Moyen Age. Mais comme on communique avec l’au-delà, on a toute l’éternité devant soi, et le temps ne fait que se reproduire inchangé en un cycle sans fin.
De format assez réduit pour tenir dans la main et être consulté à toute heure, y figurent, parmi de somptueuses enluminures, à la fois tableaux saturés de couleurs intenses et dorées, arabesques sans fin enlacées, lettrines chamarrées : le calendrier, des extraits des évangiles mais surtout les prières quotidiennes (matines, laudes, vêpres, complies, etc…). Chaque jour est ainsi rythmé par l’immuable cycle rassurant des Heures de la Vierge dont chacune rappelle un épisode de la vie : Annonciation, Nativité, …
Il est toutefois amusant de noter que chaque diocèse a codifié sa propre liturgie. Ainsi peut-on lire : « A l’usage de Troyes », « à l’usage de Reims », etc…
Mais la piété ne s’accompagne pas toujours d’humilité, et le propriétaire tient à faire preuve de sa puissance. Ainsi les plus riches commanditaires se faisaient-ils représenter sous les attributs des grands saints auxquels ils prêtaient leurs traits, alors que les artistes demeuraient souvent anonymes. On les désigne aujourd’hui d’un nom de convention pour rassembler sous une identité commune toutes les œuvres d’un même style.
Contempler de près les livres tenus en leurs mains par des personnages contemporains des épopées dont le cinéma est aujourd’hui si prodigue constitue un voyage dans le temps assez émouvant.
Mais se rappelle-t-on encore que le Moyen Age fut appelé ainsi par défaut, pour désigner l’informe magma qui sépara, un millénaire durant, la chute de l’Empire Romain d’Occident de la Renaissance ? Age médiocre, indistinct, troublé et obscur, entre invasions barbares, hérétiques aux bûchers de l’Inquisition et conflits féodaux. Il fallut en effet attendre le XIXème siècle et ses romantiques pour sortir du purgatoire l’esthétique du Moyen Age et en redécouvrir les beautés.


Publié dans l'Union sous nom marital le 8 novembre 2008

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Published by Anne Paulerville - dans Culture - beaux arts
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Anne Paulerville

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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


Ceci est un book en ligne. Y sont archivés la plupart des deux cents articles publiés dans la presse depuis octobre 2008, toujours au minimum une semaine après leur publication, afin d'y être consultés si besoin est.
La lecture par catégories facilite l'approche.

Nota bene
Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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