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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 23:13
 Jacques Gamblin , ou le pouvoir d’une voix et d’une présence contre l’innommable.
                                         
La Comédie continue d’ouvrir sa scène à des veines littéraires non théâtrales.
Vendredi soir prochain, entre 16h et 22h30, pas moins de six lectures, et autant de voyages dans l’espace et le temps.
Les correspondances y seront particulièrement à l’honneur. D’abord, avec la lecture de lettres échangées par deux brillants esprits, l’un au faîte de sa renommée, Louis Jouvet, l’autre à son aurore déjà éclatante, Romain Gary.
Puis avec la mise en voix et en scène par Jacques Gamblin, de lettres écrites par le peintre Fernand Léger depuis le front de la guerre de 1914.
« C’est le sculpteur Patrice Alexandre qui m’a proposé de lire ces lettres du front, précise l’acteur. Ce plasticien a photographié de nombreux monuments aux morts de la région, pour que les souvenirs des disparus retrouvent toute leur force d’évocation. »
C’est la même démarche qui aboutit au spectacle de vendredi. « Pour mieux redonner corps et  présence à cette matière orale qu’est le texte, nous avons conjugué la puissance de plusieurs arts : la musique (violoncelle, trompette et percussions se chargent de dessiner l’ambiance sonore), la sculpture, la peinture, et bien sûr l’écriture et le jeu dramatique. » En associant ces muses diverses, on démultiplie leur puissance : l’acteur se fait sculpture, la voix se fait musique, le texte se fait glaise. Et l’on atteint le spectateur par tous les pores de sa sensibilité, au lieu de se contenter de stimuler une seule de ses facultés. Ce mouvement illustre d’ailleurs la théorie de l’« Art total » développée par Fernand Léger lui-même. Le peintre né en 1881, l’un des plus importants représentants du cubisme d’avant-garde, élabora en effet l’idée qu’une œuvre d’art parfaitement accomplie ne devait pas se contenter d’une seule dimension, mais au contraire plonger le spectateur dans un univers complet de perceptions. On n’est pas loin de Baudelaire et de ses Correspondances. « Il importe, poursuit Jacques Gamblin, de faire percevoir, non seulement par les mots, mais par l’interaction entre sculpteur et acteur, combien, malgré la boue des tranchées, le soldat reste debout, à la fois immergé dans la douleur et l’horreur, mais porté toujours par la voix, par la parole, et par son regard distancié de peintre et d’artiste. » Prise de vue, mise en mots. C’est le pouvoir recréateur du Verbe qui empêche le survivant terrifié de se dissoudre dans la folie, c’est le regard du peintre qui, obligeant l’œil à se fixer sur le détail, le sauve des ténèbres. Mais y plonge le spectateur, subjugué par un texte aussi bouleversant que la réalité qu’il décrit. Une plume contre l’acier, vibrations d’ondes contraires. 


Publié dans l'Union sous nom marital le 17 décembre 2008

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Published by Anne Paulerville - dans Culture - rencontres
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Anne Paulerville

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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


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Nota bene
Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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