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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 22:40
 Ce samedi 14 mars, c’est à la Comédie la dernière des trois représentations d’une pièce inédite en France de Serge Valletti, mise en scène par Michel Didym : « Le Jour se lève, Léopold ! », déjà saluée d’un vrai succès au Venezuela. 

D’emblée, on se trouve dans un univers à la Beckett ; un décalage que ne renierait pas non plus Tardieu. 
Tout est de guingois :
- le décor, une bicoque en bois posée de travers dont on se demande à quel moment elle va s’écrouler. 
- la démarche des personnages. Des paumés, des éclopés : l’un alité, les autres plus ou moins boiteux ; une patte folle, une raideur aristocratique poussée à l’extrême, une allure titubante à la limite de la chute.
- et le langage, aussi, avant tout, qui exige du public qu’il laisse au vestiaire son exigence de clarté, la rigueur de sa logique.
C’est ce que recherche Serge Valletti :
« Effectivement, on ne comprend pas. Ne pas comprendre, c’est une chose qui met tous les spectateurs sur le même plan. Il y a deux manières de mettre tous les spectateurs sur le même plan : ou faire en sorte que tout le monde comprenne, ou faire en sorte que personne ne comprenne. » On pourrait s’agacer de cet égalitarisme intransigeant, de la destruction des structures du langage si souvent malmené, parfois avec complaisance, de cette recherche du plus petit dénominateur commun qui pourraient s’assimiler à un indigent nivellement  par le bas. Mais ce serait compter sans les éclairs de vérités qui surgissent, nombreux, au détour du dialogue le plus banal. Ce sont les roues déjantées qui font le plus d’étincelles.
Les personnages les plus égarés sont en dehors de la vie, oubliés : alors ils commentent, ils potinent. Et quel meilleur observatoire de la mondanité que de rester en retrait, hors de son agitation ?  Invités nulle part, ils tiennent salon autour du lit d’un malade imaginaire dont la névrose n’est pas tant individuelle comme chez Molière que collective. Veut-il se lever qu’on l’en dissuade. Reste-t-il couché qu’on stigmatise sa paresse. Ou comment, en quelques mots, peindre les pressions que la société s’arroge le droit d’exercer sur l’individu, jusqu’à paralyser son libre arbitre. 
Et plus la pièce avance, plus on songe à Jean Tardieu qu’à Beckett. Plus on se rend compte que les dérapages des phrases n’affirment pas tant l’absurde qu’ils ne livrent les morceaux isolés d’un puzzle dont il manque des pièces. Les ruptures logiques qui affectent le fil des dialogues ne sont que les raccourcis révélateurs d’une justesse plus profonde, des fulgurances qui court-circuitent la platitude des bavardages habituels. Les maladresses des personnages démasquent ce que la correction et l’hypocrisie des échanges habituels dissimulent, comme un personnage qui, se rattrapant à un rideau pour ne pas glisser, dévoilerait le pot aux roses. 


Publié dans l'Union sous nom marital le 14 mars 2009

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Published by Anne Paulerville - dans Culture - théâtre
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Anne Paulerville

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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


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Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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