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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 08:36

 

Lavoisier.jpg

Et une tête de moins, une ! Comme le remarquait un savant après l'exécution : « Il ne leur a fallu qu'un moment pour faire tomber cette tête et cent années, peut-être, ne suffiront pas pour en reproduire une semblable. »

Ce 8 mai 1794, la Terreur révolutionnaire finissante ne languissait pas encore, et Lavoisier, chimiste de génie, après avoir décomposé l'air, finissait décomposé par le fer à 50 ans. Car Lavoisier ne s'intéresse pas qu'aux lois physiques : les lois politiques aussi éveillent son intérêt, et, brillant ici comme là, il développe le système métrique dans l'administration du royaume, et obtient à 26 ans un poste dans la Ferme générale. Il devient donc l'un des 28 Fermiers Généraux, (c'est-à-dire percepteur d'impôt en chef, fonction bien sûr hautement impopulaire), décapités le même jour, dans une belle unanimité.

Ce jour-là, le père de la chimie moderne demande un sursis, le temps d'achever une expérience. Réponse du président du tribunal révolutionnaire : « La République n'a pas besoin de savants ni de chimistes ; le cours de la justice ne peut être suspendu. » Oui da, mon brave, quelle lucidité ! On voit ce que donnent les républiques sans instruction et sans savant : de belles démocraties à la pointe du progrès où la population prospère dans le bonheur.

Il est vrai que sanguinaire et visionnaire vont rarement de pair.

Vrai aussi que dans l'Ancien Régime, il était rare que le loisir, l'instruction et les moyens nécessaires à des travaux scientifiques puissent se trouver sous le sabot d'un cheval de labour ou d'un petit paysan : il fallait être riche pour être savant. Mais tout privilégié ne l'était pas, et au moins celui-ci eut-il le mérite de faire bon usage de sa fortune.

Car non content de découvrir la composition de l'air en baptisant l'oxygène et l'azote, mais aussi l'hydrogène, d'expliquer l'oxydation du métal, il démontre la loi de la conservation de la matière, prouvant qu'elle ne disparaît pas par enchantement après combustion mais change seulement de forme.

Mais celui qui prouva que « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » ne pouvait être apprécié d'un régime dont la devise était alors plutôt : « rien ne se garde, rien ne se réforme, tout se révolutionne (et se sectionne). »

Où poser ses alambics et ses cornues si du passé il est fait table rase ?

 

Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 7 mai 2010

 

 

 

 

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Published by Anne Paulerville - dans Chronique : La date du jour
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commentaires

madame de K 19/04/2011 11:11


Bonjour chère madame ! je me demande dans quel monde parallèle vous êtes allée couler des jours que j'espère heureux !
J'ai pensé à toi en lisant cet article ;-)
http://www.telerama.fr/techno/et-vous-trouvez-ca-troll,67750.php
Amicales salutations
S de K


Anne Paulerville 12/05/2011 15:59



Bonjour aussi, chère madame,


C'est gentil à vous de vous enquérir de quelque nouvelle. Plus urbain en tous cas que mon discourtois silence. 


J'ai aussi lu cet article de Télérama, et j'ai moi aussi pensé à moi (mais pas seulement, la terre est vaste) en le découvrant. : )


Quant au chômage de mon activité internet, ma foi, diverses raisons...


Disons brièvement que "ce qui se doit écrire ne se peut." C'est ballot !


Sibyllinement vôtre,


j'espère que vous vous portez bien...


etc...


 



Slevtar 01/07/2010 20:48


Oui, excellent rappel des fondamentaux. Aujourd'hui, les ultras décomplexés ne guillotinent plus, ils démantèlent, ils éradiquent, ils décultivent et la lettre et l'esprit, ils brûlent, ils
éparpillent et se torchent les mains, satisfaits du paysage, enfin ils respirent, enfin la leçon n'est plus à prendre, seulement à donner.
Alors que je vous dise : j'ai mis mes lives au coffre, à Nemours, et seule ma princesse aura la clé.


Anne Paulerville 06/07/2010 11:15



"La leçon n'est plus à prendre, seulement à donner" : clap, clap, clap !


Bravissimo ! J'applaudis de toutes mes mains !


D'accord, mille fois d'accord, cent fois hélas !


Même envie de préserver des déferlements de barbarie ce qui peut l'être de la culture


Ah oui, la Princesse des Clefs, impérissable comme le souvenir de La Fayette dans la patrie de Washington ! : ))


'Xcellentissime, votre altesse !


J'adore, j'adore ! : ))


 


 


 



madame de K 13/06/2010 09:53


"la République n'a pas besoin de savants" ça me rappelle un "on n'a pas besoin de lire La Princesse de Clèves"...


Anne Paulerville 17/06/2010 20:42



Yes, M'am, absolutely. Ce qui va dans le même sens que la politique dudit chef d'état de sabrer systématiquement tous les crédits de recherche, notamment fondamentale, pour que, après la
désindustrialisation de notre pays, on ait le plaisir d'aggraver la fuite des cerveaux et le retard technologique qui commence à se creuser. Pour que la prochaine génération connaisse le bonheur
d'habiter dans un pays du tiers-monde toujours en retard d'une bataille. Bien joué !



Ayron 10/06/2010 13:42


Jouissif, comme d'habitude et plein d'érudition. M'avait échappé, celui-ci. Hélas ! Qui se souvient encore de cela, en passant rue Lavoisier ?


Anne Paulerville 10/06/2010 16:19



Merci ! Oui, pauvre Lavoisier, pauvre science !



Anne Paulerville

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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


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Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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