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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 12:47
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Il n’y a pas d’arme plus puissante que l’éloquence, pas de guerre qui ne fût d’abord prêchée. Le pouvoir politique est tout entier contenu dans le verbe : avant que les épées ne s’activent, il faut un chef pour haranguer les soldats et galvaniser les troupes. La force des sectaires vient de leur maîtrise rhétorique : ils ne seraient pas si dangereux s’ils n’étaient pas d’abord si séduisants. 
Ainsi Savonarole fut-il avant tout un moine dominicain subtil et apprécié, confesseur de Laurent le Magnifique, prince de la Florence du Quattrocento italien. Cette brillante Renaissance vit s’épanouir les chefs-d’œuvre de Léonard de Vinci, Michel-Ange, Botticelli et tutti quanti sous le mécénat flamboyant des Médicis. La beauté coulait à flots entre les ors de la cité et de l’Eglise, indissociable du pouvoir. Mais qui dit beauté, dit luxe, et dit argent. Et les âmes éprises de pureté céleste et d’austérité s’indignèrent que religion et richesse se mêlent si étroitement dans une joyeuse corruption. 
Savonarole prêcha dès lors avec l’ardeur des puritains un pieux rejet de toutes ces beautés qui entretenaient la vanité des hommes au lieu de leur montrer la voie de la vertu. Jouant d’habiles prophéties, cultivant la peur et le sentiment d’injustice, opposant riches et pauvres, ses discours enflammés poussèrent ses concitoyens à organiser d’immenses « bûchers des vanités » où chacun devait jeter ses plus belles possessions : tableaux, livres, robes, bijoux,…
Mais comme souvent quand on joue avec le feu, on finit par s’y brûler, et les Florentins, las de contempler l’insondable océan de beautés englouties dans ces fanatiques brasiers, finirent par décider de placer au centre du bûcher son instigateur, afin qu’il donne l’exemple des nobles sacrifices qu’il prônait.

 
Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 22 mai 2009

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Published by Anne Paulerville - dans Chronique : La date du jour
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Anne Paulerville

  • : La danse du sens
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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


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Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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