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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 10:20
AlienorAquitaine.jpg

Le mariage avait eu lieu 15 ans plus tôt, unissant un couple royal adolescent : Louis VII (17 ans) épousait Aliénor (14 ans). La jeune héritière apportait en dot au roi de France l'immense Aquitaine. Mais l'austère et ascétique monarque, élevé pour devenir clerc, avait bien du mal à rendre heureuse sa subtile reine grandie à la cour de son duché natal, entourée des poètes et troubadours protégés par son mécène de père : "J'ai épousé un moine, non un roi!", se plaint-elle.
La discorde éclate lors de la 2ème croisade, à laquelle Aliénor accompagne son mari. A Antioche où ils séjournent, Aliénor plaide la cause de son oncle qui gouverne la ville et sollicite en vain l'aide du roi pour rétablir l'ordre. Elle est accusée d'adultère (incestueux qui plus est) avec son oncle. 
Le 21 mars 1152, à la demande du roi, le mariage est annulé par le pape qui invoque de lointaines clauses de consanguinité au 9ème degré. (Eminemment courant dans les familles régnantes, donc simple prétexte.) Funeste erreur !
La reine, à peine trente ans et fort courtisée, reprend sa dot et sa liberté, et s'en va épouser le futur et fringant jeune roi d'Angleterre, Henri II Plantagenêt, apportant au royaume d'Albion tout le Sud-Ouest de l'hexagone, et à ses futurs enfants, héritiers de la couronne anglaise, une ascendance qui leur donnera des raisons de prétendre au trône de France, tragiquement affaibli face à son rival. 
Ce sera l'une des causes majeures de la Guerre de Cent ans qui ravagera la France deux siècles plus tard (1337-1453).
Cent vingt années de villes assiégées et de récoltes saccagées, de famines et d'épidémies, de batailles et d'incendies, de pillages et de viols, parce qu'un royal époux ne sut pas se montrer assez galant avec sa femme bercée de poésie et d'amour courtois. 
On ne dira jamais assez combien ne pas savoir parler aux femmes peut coûter cher.

Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 19 mars 2010

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Published by Anne Paulerville - dans Chronique : La date du jour
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commentaires

thomas 04/06/2013 16:38

si il a quitter sa femme c'est surtout qu'elle n'arrivait pas a lui donner un hérité. a quoi lui servait d'avoir le duché aquitaine si il n'arrive pas avoir un fils pour héritage ?

Slevtar 06/04/2010 20:09


Où commence le savoir parler aux femmes (qu'est-ce qu'elle me hérisse aussi cette expression), où s'arrête le beau parleur ; point trop en dire, le dire bien pour mieux se taire ; le mot qu'il
faut, quand il faut où il faut ; que de la suspension ne dépasse que le premier point car deux de plus et c'est la fin ?
Ah, chère inaccessible étoile, murmurait ce transi dans un dernier souffle, que n'ai-je un livre ouvert à la place du coeur, car des mots j'en ai plus qu'il puisse contenir, vous en gommeriez
l'excès et me sauveriez la vie.

Bon, d'accord, le Louis VII n'en était sans doute pas là, mais le Plantagenêt ne s'est pas révélé vrai tendre non plus !

- Ah ! la tendresse ... v'là aut' chose maintenant.


Anne Paulerville 15/04/2010 11:34



Moui mais non... :) Certes, si l'on entend "savoir parler aux femmes" comme "murmurer à l'oreille des chevaux", il y a un aspect éthologique, animalier, qui peut gêner un tantinet.


Certes aussi, le beau parleur qui se défile se profile souvent derrière celui qui sait parler. Mais tout dépend ce qu'on entend par "savoir parler". Votre définition minimaliste à l'anglaise :
"the right word at the right place" me semble fort judicieuse, mais bien plus rare et difficile à mettre en oeuvre qu'on ne veut bien le croire et le dire. Qui peut juger que le mot juste fut
bien prononcé quand il le fallait, si la résignation et le renoncement sont toute réponse à son absence ? Quant au lyrisme échevelé, je ne me gausserai pas :


1°) ce serait amputer la moitié voire plus de toute l'histoire de la poésie depuis Orphée, ce qui ne laisserait pas de chagriner légèrement ses amateurs. La maitrise du discours amoureux comme
genre littéraire à part entière fait partie du patrimoine mondial de l'humanité. 


2°) Dans sa version pure, "sans sucres ajoutés" (de mièvrerie) ni OGM préfabriqués et trafiqués, le lyrisme est trop rare et précieux pour le balayer. C'est de l'or pur, et la quasi-totalité de
la gent féminine donnerait cher pour en posséder ne serait-ce qu'une pépite rien qu'à elle.


3°) C'est au contraire un art qui se perd de plus en plus avec la disparition des études littéraires (colonisées par les filles, comme le rose) et des humanités, la majorité des hommes sachant
mieux parler aux machines et aux ordinateurs qu'aux coeurs humains, maîtrisant mieux le binaire que l'élégie. J'irais même jusqu'à dire que c'est la maîtrise du langage tout court, en général,
qui se perd avec le naufrage du discours amoureux (exactement comme celui du discours politique). L'art oratoire est mort.


Lyrisme en politique et en amour ne font qu'un.


Bref, l'on sous-estime bien trop la vraie souffrance qui étouffe sous le boisseau des silences aveugles.


PS : Et Louis VII était un crétin fini, car pour virer une épouse qui vous apporte en dot le quart de votre territoire royal éminemment fragile par ailleurs et menacé par les rivalités féodales,
il fallait vraiment qu'il lui manquât une case. Il savait apparemment aussi mal gouverner la France que parler à sa femme. Peut-être n'est-ce pas un hasard... Tous ses successeurs sur le trône
l'ont payé fort cher, durant deux siècles bien sonnés.



Emmanuelle 01/04/2010 22:30


Je suis ravie que vous soyez tombée sous le charme de Clisson....
Quant à Jeanne de Bellevile, un livre vient de sortir sur son histoire (auteur, Elie Durel) et nous avons rencontré il y a peu une écrivaine qui est tombée aussi sous le charme de Clisson et de
cette femme pirate et qui prépare sa bio ! (Laure Buisson)
Au plaisir de vous lire et de vos accueillir en Vallée de Clisson !


pakita 29/03/2010 15:12


Je découvre ton blog via Désirée, poète du fabuleux épinéphrine -> http://epinephrine.canalblog.com/ et je me régale ! tout simplement.


Anne Paulerville 29/03/2010 20:54


Merci de ta visite, de tes éloges, et merci à Désirée pour sa chaude recommandation.
Merci d'évoquer ton plaisir de lecture !
 


Emmanuelle 28/03/2010 14:06


Je vous découvre en ce dimanche !
Venez à votre tour nous lire et découvrir un autre destin de femme en pleine Moyen-Age également, Jeanne de Belleville et bien d'autres histoires racontées au fil de l'eau sur le nouveau blog de la
Vallée de Clisson dans le pays nantais !
A suivre sur http://www.valleedeclisson-leblog.com/blog/
Au plaisir de vous lire !
Emmanuelle


Anne Paulerville 28/03/2010 21:04



J'avoue que je ne connaissais pas Jeanne de Belleville, "la Tigresse bretonne", viens-je d'apprendre, devenue pirate pour venger la mort de son mari, Olivier de Clisson. Eh bien ! 
Merci de votre visite et de l'information !
Je suis allée faire un tour du côté de la vallée du même nom par l'intermédiaire de votre site  : quelle belle contrée ! 



Richard B. 27/03/2010 13:58


L'écoute, toujours l'écoute. L'amour passe par les oreilles...


Anne Paulerville 27/03/2010 21:22



Simone de Beauvoir ne disait pas mieux...
Oui, l'écoute, la voix, et le regard, car le visage aussi est un langage.
Surtout quand on a les yeux de Richard B. ...comme Burton ? :) 



Anne Paulerville

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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


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Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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