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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 18:52
Les 7 et 8 novembre prochains, dans le cadre du festival « Reims scènes d’Europe », la Comédie accueille Mefisto for ever qui remporta un vif succès au festival d’Avignon : de la cité des papes à la cité des sacres, Faust et Shakespeare sont réunis sur la scène du monde pour un pacte avec le diable.

Que l’on soit en 1936 ou en 2006, « le ventre de la bête immonde est toujours fécond. » écrivait le dramaturge allemand Bertolt Brecht pour rappeler que, même une fois la page sombre de la Seconde Guerre Mondiale refermée, ce qui avait rendu possible pareille monstruosité dans la nature humaine demeurait vivace. C’est bien cette terrible séduction du pouvoir et le vertige de la toute puissance qui l’accompagne que Mefisto for ever expose. Un pacte avec le diable qui emprunterait aux déclarations d’amour de l’adolescence un peu de leur mièvrerie pour mieux endormir la méfiance de ses victimes. Une fable sur l’irrésistible tentation de l’omnipotence qui transforme tant de puissants en tyrans, tant de tièdes citoyens en mous collaborateurs.
La pièce, écrite par Tom Lanoye et mise en scène par Guy Cassiers, constitue le premier volet d’une trilogie sur le pouvoir, et s’inspire d’un roman de Klaus Mann, Mephisto.
Le fils du monumental romancier allemand Thomas Mann aussi célèbre outre Rhin que Goethe ou Hugo, écrivit son récit en 1936, lors de la montée du nazisme en Allemagne.  Il en situe l’action dans le théâtre pour lequel travaillait, et dont chaque membre, du régisseur aux comédiens, se voit confronté à un crucial dilemme : rester au risque de vendre son âme, ou partir.
Mais la question n’est bien sûr pas aussi binaire que cette simple alternative. Partir, n’est-ce pas aussi déserter ? N’est-ce pas renoncer à cette arme dont peut et doit se servir l’artiste aux prises avec sa conscience : la beauté de son œuvre, la puissance de sa plume ? Quelle est la frontière ténue, « la mince ligne rouge », pour emprunter son titre au somptueux film de Terence Malick, qui sépare le pragmatisme de la compromission, la compréhension de la corruption, l’intégrité de la trahison ? La réponse est loin d’être évidente dans une vie politique en crise et une société aux repères troublés.
La situation dans la ville d’Anvers en 2006, lors de la victoire de l’extrême droite sécessionniste flamande conduisit Guy Cassiers à se poser les mêmes questions et à transposer le roman soixante-dix ans plus tard. La pièce, universelle, est aussi cosmopolite : écrite par un flamand à partir d’un roman allemand, jouée en néerlandais, surtitrée en français, elle fait étinceler parmi des dialogues très contemporains les fulgurances des plus grands (Tchekhov, Goethe, Shakespeare, …), comme pour démontrer une fois de plus l’éternité des vrais génies.


Publié dans l'Union sous nom marital le 5 novembre 2008

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Anne Paulerville

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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


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Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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