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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 22:50
Une poésie plus près du cri que de l’écrit


Un peu partout en France fleurit le printemps des poètes. A Reims, c’est le slam et la poésie sonore qui sont à l’honneur. Point d’orgue de la semaine de la langue française, ce samedi 14 mars aura lieu la nuit du slam à la Médiathèque Falala et à la Cartonnerie, en présence de l’un de ses précurseurs dans les années 1980, Mark Smith. 
Mais en marge de ces feux de la rampe, se déroule plus discrètement, à la Bibliothèque Robert de Sorbon, une série de deux conférences. La première, jeudi 12 mars, était présentée par Isabelle Krzywkowski, maître de conférences à l’Université de Reims. La seconde, ludique et interactive,  intitulée "Le signe phonophore ? La mise en page de la voix", sera animée par Elodie Hemmer, enseignante à l’IUT de Reims. 
 
La poésie sonore est un mouvement littéraire assez confidentiel qui ne se contente pas d’obéir à la maxime de Verlaine « De la musique avant toute chose. » mais pousse cette contrainte jusqu’à retrouver le bruit derrière le son, le cri derrière le mot, à privilégier le rythme sur la mélodie. 
Il s’agit d’affranchir le langage de deux esclavages : l’écrit, et la communication. 
De la communication, en inventant une poésie « pure » qui "libère" le langage de son statut subalterne de simple outil de communication, d’"esclave" du sens, qui condamne comme Mallarmé « l’éternel reportage », le langage insipide qu’on oublie dans le flot continu des bavardages.
Et de l’écrit, car dès l’invention du phonographe au tout début du XXème siècle, Apollinaire avait pressenti que le livre pourrait être supplanté par le disque. Les travaux de Bernard Heidsieck, originaire de Reims, ou d’Albert-Birot, utilisent donc les techniques de l’enregistrement pour tirer de la voix, en deçà du sens, toutes ses potentialités : lectures superposées, borborygmes, onomatopées,… 
Comme beaucoup d’avant-gardes, ce courant se détermine en grande partie contre ce qui le précède : contre la poésie romantique, contre l’utilisation du langage à des fins de propagande.
 Là semble aussi sa limite. Est-ce parce que le langage a servi et sert encore aux idéologies à imposer un discours officiel perverti qu’il faut le vider de son sens ?  Un peu comme le père de « la Belle qui ne dormait pas encore au bois », qui, craignant que sa fille ne se pique à la quenouille comme l’avait prédit la sorcière, fit brûler toutes celles du royaume, et n’empêcha en rien, comme on le sait, la malédiction de s’accomplir. Ce n’est pas en détruisant les moyens qu’on empêche une mauvaise volonté d’arriver à ses fins. Par une politique de la terre brûlée, on malmène la langue sous prétexte qu’elle a servi aux idéologies mortifères pour imposer leur propagande malsaine. Et après ? La barbarie a-t-elle attendu l’élaboration du langage pour exister ? 
Et la poésie sonore demeure, ainsi qu'une partie de ce qui se fait en art contemporain ou en musique concrète, du domaine de la recherche plus que de l'art : fructueux, à la marge, au sens expérimental et conceptuel, permettant aux universitaires avides d'inédit de défricher de nouveaux champs d'étude : mais est-ce pour autant de l'art ? On se souvient encore aujourd'hui de "l'aurore aux doigts de rose" d'Homère, des alexandrins de Racine et de Corneille, et il n'est pas certain que les entreprises de déconstruction soient vouées à la même postérité que les oeuvres des "bâtisseurs".

Plus d'informations sur les sites suivants :  http://ubu.com/ ou http://tapin.free.fr/
 
Publié dans l'Union sous nom marital le 14 mars 2009

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Published by Anne Paulerville - dans Culture - livres
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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


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Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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