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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 00:27

L’idée naquit un soir de février, ce mois à court de jours, à court de lumière et de chaleur. Trop de peu, trop de crise. Jusqu’à enfin s’écrier : « Fiat lux ! »

Emmanuel Delhom, chef d’entreprise et ami des arts à ses heures, décida donc d’en finir et de mettre le cafard à mort : l’exécution aura lieu à la Maison des Comtes de Champagne, mercredi 15 avril. Ainsi est né « Cafaramor », sympathique exposition garantie sans morosité. « Cent maux, roses idées », tel est le mot d’ordre, variante du vieux dicton : à quelque chose, malheur est bon. « Je ne suis pas mécène, en ce sens où, plutôt que d’injecter « passivement » des moyens financiers, je préfère donner de mon temps et de mon énergie, insuffler des initiatives, conjuguer les actions. La réunion de plus de trente artistes (peintres, sculpteurs, musiciens, plasticiens en tous genres,…) a nécessité des idées à développer, des contacts à prendre, mais très peu de fonds. Chacun participe avec ce qu’il sait faire : l’un (Toma Bletner) offrant la conception de l’affiche, l’autre (Jacques Michelet) son talent et son carnet d’adresses, etc... » 
Quelle meilleure réplique donner à la crise économique que de lui montrer qu’on peut se passer de l’économie ? Que l’action humaine peut échapper aux contraintes financières ? Qu’il y a des échanges qui se passent de l’argent ? Que les ressources sont humaines avant tout ? Plus de pétrole, mais toujours des idées. « Autonomie et bonne humeur » fut donc la consigne. Tous les artistes présents ici le sont « de leur plein gré » (aucun n’a été maltraité lors de l’organisation de la manifestation). Un lieu, la Maison des Comtes de Champagne, cette vénérable bâtisse à deux pas de la place du Forum a simplement été mis à la disposition des artistes. Pas de lourde infrastructure, pas de protocole pesant. « Libre à eux ensuite d’y faire jaillir l’étincelle qui naîtra de la rencontre avec l’œuvre exposée. Celle-ci est avant tout un moyen de susciter le dialogue. » Les tenants du Parnasse, doctrine de « l’art pour l’art » bondiraient en entendant l’hérétique affirmer que l’œuvre n’est pas à elle-même sa fin suprême. Mais qu’on se rassure : ce sera un feu de joie et non un bûcher qui permettra de briser la glace. Et d’autant plus facilement que « tous les participants, visiteurs et exposants, pourront avoir un badge affichant leur statut ou les raisons de leur présence. » Par exemple : artiste, curieux, amateur, « A vu de la lumière et est entré » 
L’affiche (« Contre la crise, tout contre ») annonce la couleur en paraphrasant la boutade de Sacha Guitry qui devait répondre de sa supposée misogynie : « Je suis contre les femmes. Tout contre. » Rien de plus jubilatoire en effet que de jouer avec les mots ou de jouer des mains sur un tableau. Rien de moins coûteux. L’art est le plus ancien et le moins nocif des antidépresseurs, c’est bien connu. Sus aux soucis ! Qu’importe le mouron, pourvu qu’on crée l’ivresse. L’ivresse de l’art, bien sûr. 


Publié sous nom marital dans l'Union le 11 avril 2009

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Published by Anne Paulerville - dans Culture - beaux arts
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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


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Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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