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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 13:31
                                                                                       


 


« Reims bombardée, Reims martyrisée, mais Reims remodelée. » En 1918, De Gaulle n’était pas encore à la tribune, et personne ne prononça donc ces mots. Mais la capitale champenoise réduite en ruines par les bombes fut confiée aux mains expertes des sculpteurs les plus novateurs de leur temps pour se refaire une beauté : les Années folles furent pour Reims, détruite à 80%, celles de la Reconstruction, dans le style exubérant des Arts Déco.

On ne pouvait se contenter de reconstruire les lieux sans redresser les âmes.

Sans même parler des innombrables monuments aux morts qui fleurirent dans chaque commune, les Arts Déco furent la dernière grande période où architecture et sculpture travaillèrent de concert, avant que la seconde Reconstruction, après 1945, n’abandonne définitivement toute fioriture décorative pour privilégier une architecture purement utilitaire et dépouillée.

Parmi les artistes qui ont participé à cette floraison, le sculpteur toulousain Carlo Sarrabezolles, inventeur d’une technique inédite et incroyablement novatrice : la taille du béton en prise directe. Tant de chantiers poussaient sur les décombres des villes ravagées qu’il fallait faire vite, avec des moyens souvent aussi limités que les délais. La pierre de taille n’était pas toujours envisageable. Mais ce procédé relevait de la performance : chaque coup dans le béton était définitif, il séchait en quelques heures, et les sculptures réalisées étaient souvent monumentales. Pas de droit à l’erreur ! Ne pas se tromper dans les proportions quand la cheville d’une statue vous arrive aux épaules et que vous êtes coincé sur un échafaudage, sans recul possible, est une gageure.

Afin de préparer ses sculptures colossales comme celles qui ornent l’intérieur somptueux de l’Hôtel de Ville, Sarrabezolles en façonnait des esquisses à l’aide d’une matière elle aussi nouvelle : la plastiline. Sorte de pâte à modeler à base de kaolin, de soufre et de plastifiant, elle a l’aspect de la terre glaise, mais présente l’immense avantage de ne pas sécher, de ne pas se fissurer, ce qui permet :

a) à l’artiste de travailler à l’infini ses esquisses et de « cent fois sur le métier remettre son ouvrage ».

b) à l’heureux visiteur d’admirer ces ébauches argileuses presque un siècle plus tard.


 

Nombreuses en effet sont les figurines présentées au Musée des Beaux Arts dans cette exposition itinérante.

De plus, l’atelier du sculpteur a été reconstitué dans une salle du musée : parmi les outils authentiques de l’artiste, adultes et enfants sont invités à mettre la main à la pâte et à modeler eux aussi de petites œuvres qui seront exposées dans l’atelier. (Se renseigner par téléphone sur les modalités exactes.)

 

Le style Sarrabezolles est un impétueux mélange de classicisme inspiré de la Grèce antique, mais revivifié par l’énergie des Années Folles. Ainsi cette Pallas Athénée, déesse de la Raison et de la stratégie guerrière, dont le mouvement évoquerait plutôt la danse des Bacchantes entourant le dieu du vin : l’opulence des drapés antiques réanimés par la modernité. Une nouvelle Renaissance, en somme.

 


Publié dans l’Union sous nom marital le samedi 18 octobre 2008

 

 

 

 

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Published by Anne Paulerville - dans Culture - beaux arts
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Anne Paulerville

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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


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Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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