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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 17:20


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Le Chevalier Bleu : coutures, nervures et autres blessures.




Jusqu’au 3 février, la galerie d’art, librairie et salon de thé Rose et son Roman expose les œuvres de Frédérique Prokop : sur tissu et papier, poésie aigre-douce à l’aiguille et à l’encre.

Il est peut-être des vies lisses se déroulant sans coups ni heurts. Des vies qui glissent à la surface sans se blesser, sans un accroc, sans jamais déchirer la blancheur des chemins bien tracés et des peaux enfantines.
Mais rares sont ceux qui traversent les ans sans s’y  égratigner ni se recoudre.
C’est la métaphore de la couture et du tissu que brode sans se lasser, Pénélope moderne, la plasticienne Frédérique Prokop. Car les mailles à l’envers sont aussi nécessaires que les mailles à l’endroit, elle tricote et défait, récupère et assemble les étoffes dont l’usure raconte une histoire, et les motifs une époque.
 « J’avais cinq ans et j’ai commencé à vieillir » confie la vieille petite fille au centre de la couverture, se souvenant de la gifle à la chevalière qui la marqua de son sceau écarlate, et des larmes qui ornent l’étoffe, constellations de perles sur fond de bleus.
On peut y voir des épidermes suturés comme des patchworks, inquiétants comme des secrets enfouis mais rassurants comme ces vieux édredons rapiécés qui témoignent qu’on peut vieillir et s’abîmer sans être jeté, que l’on peut demeurer au cœur d’un foyer sans plus avoir le brillant des vitrines.
Car ces coutures sont organiques : chaque suture est écriture. Un alphabet de cicatrices à déchiffrer dans les mémoires des épidermes, dessinant un nouveau contour, façonnant un nouveau relief.
Sutures mais aussi nervures : comme autant de lignes de forces, de vaisseaux par lesquels l’énergie circule, chaque fil noué est un lien de plus, un ancrage.
Sur un autre tableau, une femme s’enracine dans la terre irriguée par ses veines, et les branches de ses cheveux s’agrippent au ciel, comme pour ne pas se laisser toute entière absorber par le sol.

Plusieurs séries organisent l’exposition qui présente gravures, dessins, peintures et autres textiles : « Les vieilles petites filles », portraits issus de l’œuvre matrice sur courtepointe (voir photo) ; « Petits bobos et autres croûtes », papiers de soie ; « L’enfant », fusion mère et fils en rouge et gris, et d’autres encore que vous pourrez découvrir chez Rose et son roman, 76 rue Chanzy à Reims. 


Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 15 janvier 2010

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Published by Anne Paulerville - dans Culture - beaux arts
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Anne Paulerville

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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


Ceci est un book en ligne. Y sont archivés la plupart des deux cents articles publiés dans la presse depuis octobre 2008, toujours au minimum une semaine après leur publication, afin d'y être consultés si besoin est.
La lecture par catégories facilite l'approche.

Nota bene
Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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