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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 12:50
 
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Il n’y a pas un jour de l’année, ni un mètre carré de notre vieille Europe que notre espèce turbulente ne se soit échinée à occuper : pas une date ni une place qu’elle n’ait marquées de son empreinte.
 
1°) Le temps d’abord :
 
C’est insensé le nombre d’événements qui eurent lieu aujourd’hui. Oui, aujourd’hui même. Et demain, aussi. Enfin, à quelques siècles près, nous n’allons pas chipoter sur les détails. Ainsi, rien que le 29 mai, il s’en est passé, des choses : en 1265, naissait le petit Dante, futur auteur de la Divine Comédie.
Et le 29 mai 1328, Philippe de Valois était sacré roi dans la cathédrale de Reims, à deux pas d’ici (ou à quelques kilomètres, c’est selon), inaugurant ainsi la dynastie des Valois dont le plus illustre souverain fut François 1er. Et comme c’est le mois des révisions avant examens, nous rappellerons obligeamment que les Valois succédaient aux Capétiens après la funeste série des « Rois maudits » et qu’ils cédèrent la place aux Bourbons avec la venue sur le trône d’Henri IV, grand-père de Louis XIV. 
Demain 30 mai, vous pourrez aussi avoir une pensée émue et réchauffée en vous rappelant que ce jour-là, en 1431, Jeanne d’Arc était brûlée vive à Rouen après un procès en sorcellerie où religion et politique se mangeaient dans la main sur le dos de la pucelle.
Et vous pourrez vous dire aussi que si vous étiez passés par la cathédrale pile 525 ans plus tôt, le 30 mai 1484, vous auriez pu assister au sacre de Charles VIII.
Sans oublier l’acte de naissance de la presse française puisque le premier numéro de La Gazette, l’aïeul de toutes les feuilles de choux francophones, était publié le 30 mai 1631.

 
2°) Et que dire de l’espace ?
 
Point nécessaire d’aller visiter les ruines de l’Acropole pour songer que le pavé sur lequel on pose sa basket, un antique ancêtre, peut-être même illustre conquérant ou poète, bâtisseur ou destructeur, y est certainement passé avant nous.
La terre n’est rien d’autre qu’un gigantesque cimetière où nous foulons chaque jour la poussière du passé. Ça n’a rien de morbide. C’est plutôt rassurant, cet universel recyclage : comme une ardoise sur laquelle on redessine sans fin, ou un palimpseste, parchemin qu’on grattait pour y réécrire. Car même si la population augmente, nous autres vivants sommes bien moins nombreux que les morts qui nous ont précédés.
Et pourtant, qu’est-ce qu’on prend plus de place !
« Il nous faut de hautes maisons, des rues, tant de place, pour les quatre générations qui voient le jour en même temps. […] Et pour toutes les générations de morts, pour toute l’échelle de l’humanité descendue jusqu’à nous, presque rien, un champ, […] plein de roses libres, de cyprès noirs et vigoureux, un jardin triste et superbe nourri de chair humaine
Maupassant, La Morte


Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 29 mai 2009

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Published by Anne Paulerville - dans Chronique : Le mot du jour
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Anne Paulerville

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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


Ceci est un book en ligne. Y sont archivés la plupart des deux cents articles publiés dans la presse depuis octobre 2008, toujours au minimum une semaine après leur publication, afin d'y être consultés si besoin est.
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Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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