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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 21:50

Qui a dit que la Comédie était un repère pour intellos compassés ? En plus de sa programmation théâtrale éclectique, elle accueille, depuis l’an dernier, dans le cadre du festival « Reims, scènes d’Europe », des musiques de toutes origines. La Finlande était à l’honneur il y a dix jours avec le groupe Kimmo Pohjonen. Cette fois, c’est l’Irlande qui fait souffler le vent échevelé des landes celtiques dans la salle champenoise.

Il faudrait être « botté de marbre, ganté de plomb » comme le Cyrano agonisant de Rostand pour résister à la jubilation des rythmes diaboliquement entraînants d’Altan, qui est depuis plus de vingt ans reconnu dans le monde entier comme l’un des tout meilleurs, sinon le meilleur, des groupes de musique traditionnelle irlandaise. Organisé autour de la chanteuse et violoniste Mairéad Ni Mhaonaigh qui allie la virtuosité à la blondeur d’une fée celte, le groupe a emprunté son nom à celui d’un lac du Donegal, au Nord-Ouest de l’Irlande d’où il est originaire. Les instruments auxquels prêtent vie les six enchanteurs d’Altan ont le son authentique des pubs irlandais : la rugosité des cordes du fiddle (nom du violon quand il est voué à la musique populaire), la légèreté du tin whistle (petite flûte métallique tantôt mélancolique, tantôt endiablée), mais aussi la guitare, l’accordéon ou la mandoline, sans oublier les chants en gaélique et en anglais.

Et l’énergie déchaînée de cette musique est terriblement contagieuse : une exultation effrénée qui invoque les forces des quatre éléments, une impétuosité qui transcende les pulsations des pieds foulant le sol pour y puiser toute l’énergie de la terre et l’arracher vers le ciel. Un mouvement perpétuel comme on en trouve aussi dans les musiques populaires d’Europe centrale (tziganes, klezmer, yiddish), une frénésie dont on se demande bien comment elle va pouvoir s’arrêter autrement que dans la mort par épuisement des protagonistes, avant d’être sauvé par la grâce de la voix angélique de la Dame du Lac.

Ca y est : on a trouvé la solution pour combler le trou de la Sécu. Au lieu de prescrire des antidépresseurs chimiques, il suffirait de conseiller des cures intensives d’Altan. Un excellent psychotrope garanti 100% naturel (pas de mauvaises ondes électriques ; que du bio acoustique). Nul effet secondaire indésirable, si ce n’est, peut-être, une légère dépendance qui vous poussera irrépressiblement à fredonner leurs mélodies envoûtantes en battant la mesure du pied sur votre lieu de travail. Au risque de susciter la méfiance des quelques collègues qui auraient développé suffisamment d’anticorps pour résister à la contagion et ne pas se mettre, eux aussi, à rêver de s’en aller gambader, « là-bas, au Connemara ». Sauf que c’est au Donegal, bien plus sauvage encore et envoûtant que les prairies verdoyantes de la contrée chantée par Sardou.


Publié dans l'Union sous nom marital le 26 novembre 2008

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Published by Anne Paulerville - dans Culture - musique
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Anne Paulerville

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Il paraît que le sens peut danser sur les mots


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Ces textes furent rédigés pour une presse dite populaire : la prise en compte du lectorat limite donc l'usage des références culturelles et des figures stylistiques.



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