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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 17:16

Si cela peut faire gagner du temps à quelques collègues, voici le petit vademecum transmis à mes chers élèves du club théâtre qui ont travaillé sans relâche l'an dernier pour présenter une version écourtée mais fidèle de Cyrano de Bergerac.

 

Le théâtre est à la fois un art de la vérité et de l'exagération. On doit y exprimer des sentiments humains avec justesse tout en les amplifiant. (Voir * au verso pour aller plus loin)

1°) Le texte

« Au commencement était le texte ». Pas de pièce sans son texte, qu'il faut servir et exprimer le mieux possible.

a) Respect du texte, donc, dans sa lettre et son esprit.

Bien articuler, ne pas écorcher les mots, ni avaler les syllabes, surtout quand il s'agit de vers : un vers boiteux (amputé d'un pied) vous fera trébucher et blessera l'oreille du spectateur éclairé.

 

b) Ne pas aller trop vite :

. Le jour du spectacle, on sera stressé, le cœur battra plus vite, on risque de parler avec encore plus de précipitation.

. Se laisser le temps de respirer entre les phrases, afin de ne pas être stoppé net à la première hésitation que le trac pourra infliger à une mémoire défaillante, et rendre ainsi plus claires pour le public les articulations et enchaînements du discours en les marquant par de brèves pauses. Ne pas craindre le silence : quelques secondes mettent en valeur le texte à l'oral comme une marge l'encadre à l'écrit.

. Laisser au spectateur le temps de comprendre et d'assimiler ce qui est dit.

Ne pas oublier qu'il découvre peut-être la pièce et qu'il ne la connaît pas par cœur, lui.

 

c) Tant que le texte n'est pas appris par cœur, il continue à passer par (la) tête, à monopoliser l'attention et l'énergie de l'acteur qui ne peut pas se consacrer au travail du jeu et de l'expression juste, qui ne peut pas « être » le personnage auquel il donne vie.

Il faut donc parfaitement maîtriser son texte pour être libéré du travail de la mémoire.

 

2°) Le ton

a) Le volume sonore : comme le nom l'indique, votre voix doit remplir le volume de la pièce et l'espace. Si l'on ne vous entend pas, vous aurez beau savoir votre texte parfaitement, jouer avec les nuances les plus subtiles, tout cela sera perdu pour le spectateur qui se demandera simplement ce que peut bien raconter cette personne qui gesticule sur la scène (et risque de vite s'ennuyer et se demander aussi ce qu'il est venu faire là.) Il ne faut pas crier (sauf si l'action l'exige) mais veiller à ce que « la colonne d'air » qui produit le son en faisant vibrer vos cordes vocales soit bien dégagée et amplifie le son avec le maximum d'intensité.

 

b) Quelles que soient les didascalies ou les exigences de la scène (« presque à voix basse », scène intimiste de confidences,...) ne pas oublier que l'on s'adresse toujours aussi au public au-delà du partenaire. Il faut donc toujours parler bien fort, quelle que soit la situation de la scène.

 

3°) Le geste

a) Les bras : ne pas les laisser ballants le long du corps, inexpressifs. Ils doivent toujours être occupés, en mouvement. Ils constituent une véritable ponctuation du texte, doivent le souligner de façon emphatique.

 

b) Le visage : on verra peu l'expression de votre visage au théâtre. On n'est pas au ciména, il n'y a pas de gros plan possible. Il faut tout amplifier : les sourires comme toutes les autres marques d'émotions (la colère, l'étonnement,...)

 

c) Le corps entier participe au jeu. Ce sont surtout les mouvements de la tête, du cou, de tout le corps qui doivent doubler les paroles, presque comme un film sous-titré ou traduit en langage des signes. Le public n'est pas malentendant, mais il faut quand même l'aider à mieux entendre, au sens de « comprendre » ce qui est dit, en mimant presque les répliques les plus imagées.

 

4°) Le placement

a) Ne jamais tourner le dos au public : la voix ne porte que dans la direction de la bouche de l'acteur qui agit comme un porte-voix, comme une caisse de résonance. Votre corps entier est un instrument de musique.

 

b) Vous devez diriger votre visage selon le bon angle, entre les trois pôles ci-dessous.

Il faut donc calculer son placement et l'orientation de son visage et de son corps en fonction :

- du public - de son partenaire - des micros éventuels.

 

c) Se méfier des déplacements sur la scène qui n'est pas extensible :

il faut ruser et donner l'illusion d'un mouvement sans pour autant trop changer de place et rester le plus possible au centre de la scène pour demeurer visible (et audible) du public.

 

5°) Le spectacle

« Show must go on » : quoi qu'il arrive, (sauf bien sûr en cas de danger), le spectacle continue.

Que quelqu'un arrive en retard, tousse, laisse tomber quelque chose, on ne détourne pas le regard, on continue ; que vous-même ou votre partenaire vous trompiez dans votre texte, on enchaîne, sans s'interrompre, sans faire de remarques ou de manières... Il y a des chances pour que le public ne se soit pas aperçu de ce qui n'était pas prévu.

 

* Pour ceux que cela intéresse d'approfondir la réflexion et d'aller plus loin.

1°) Le paradoxe de la vérité et de l'apparence est particulièrement marquant au théâtre, mais on peut aussi développer une comparaison avec l'architecture.

Par exemple, le Parthénon, à Athènes, forme un rectangle. Toutefois, comme il n'est pas destiné à être vu du ciel, mais du sol, la perspective déforme le rectangle et donne l'impression que c'est un trapèze.

Afin de corriger cette impression, les architectes ont modifié les proportions et ont construit un trapèze inversé qui donne l'illusion que c'est un rectangle parfait, même du sol.

Il faut donc que le dessin soit faux pour donner l'illusion du vrai.

De même au théâtre, il faut tout exagérer (la voix, les gestes, les expressions,...), forcer le trait pour corriger l'affaiblissement de la perception dû à l'éloignement du public par rapport aux personnages censés se parler l'un à l'autre. Il faut être audible à 50 mètres et non seulement à 50cm, même si l'on confie un secret à son meilleur ami ou qu'on est censé parler tout seul.

 

2°) Le philosophe des Lumières Denis Diderot (1713-1784) a exprimé, dans un dialogue intitulé « Le Paradoxe sur le Comédien », la subtilité de l'art du théâtre qui doit représenter fidèlement des sentiments humains tout en jouant des personnages fictifs, inventés.

 

3°) Boileau (1636-1711) écrivait dans « l'Art Poétique » une formule qui peut aussi s'appliquer au théâtre :

« Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement

Et les mots pour le dire arrivent aisément. »

 

4°) Autres lectures intéressantes

L'acteur et homme de théâtre Louis Jouvet (1887-1951) a aussi dit et écrit des choses intéressantes sur le sujet. Exemples de citations :

« Le personnage est d'abord un texte »

« Le théâtre est le domaine des apparences. »

« Le théâtre est une des ces ruches où l'on transforme le miel du visible pour en faire de l'invisible. »

« On fait du théâtre parce qu'on a l'impression de n'avoir jamais été soi-même et qu'enfin on va pouvoir l'être. »

 

 

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Published by Anne Paulerville - dans Culture - théâtre
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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 20:05

A propos de la dictée d'ELA 2013, association de lutte contre les leucodystrophies,

qui demande d'organiser dans les établissements scolaires une dictée et une course 

pour sensibiliser les élèves et rendre la solidarité plus visible.

 La dictée était intitulée « Changer le monde » et signée Joël Dicker,

prix Goncourt (des lycéens) et Grand Prix de l'Académie Française.

Elle comportait quinze fautes de grammaire !

La preuve ici : http://ela-asso.com/wp-content/uploads/2013/09/Dict%C3%A9e-20131.pdf

 

 

Analphabétisons en choeur

Lettre ouverte d’un professeur atterré

 

Certains esprits seront peut-être heurtés par la virulence de la réaction suivante (partagée par nombre de collègues). Qu’ils sachent que la violence est du côté de ceux qui maltraitent la langue.

Car violence a été faite au français, à ceux qui essaient d’en acquérir la maîtrise et à ceux qui tentent de la transmettre. C'est en effet seulement par respect pour les élèves volontaires et les gentils organisateurs que j'ai accepté de leur dicter ce texte et de corriger leurs copies.

 J'ai néanmoins pris la liberté de ne pas collaborer à ce massacre, de rétablir la syntaxe correcte lors de la dictée et de corriger en conséquence.

 

Les bons sentiments n'autorisent pas tout.

Tant d'inconscience enrobée de tant de bonne conscience est impressionnante.

Pousser la solidarité jusqu'à montrer combien la dégénérescence évolutive du français est avancée, et handicaper les élèves dans l'apprentissage de leur langue semble aller au-delà de la générosité requise en pareille circonstance.

Massacrer la syntaxe ne guérira personne. On atteint là des sommets de démagogie jeuniste à donner le vertige (ou la nausée, c'est à voir).

Que dirait-on si, en guise d'épreuve sportive, on demandait aux élèves de s'abîmer les articulations en courant le cross sur les talons sans plier les genoux, comme on a brisé les articulations syntaxiques de la langue dans ce texte ?

Que dirait-on si l'on demandait à des professeurs de mathématiques de faire copier des équations fausses aux élèves ? Pourquoi, alors, accepte-t-on que des professeurs dictent des phrases incorrectes écrites dans un français écorché vif ? D'ailleurs, même les élèves, pourtant peu familiers de l'imparfait du subjonctif, ont été choqués.

 

            Qu'un éditeur choisisse de publier un auteur dont la seule « audace » consiste à assécher la langue et aligner les clichés sans même prendre soin de masquer l'indigence de la pensée, c'est triste, mais c'est son droit.

            Que l'on décide ensuite de faire copier à des dizaines de milliers d'élèves de collège un texte comportant pas moins de quinze fautes de syntaxe et un vocabulaire d'une pauvreté affligeante, c'est inadmissible.

            Qu'on lui décerne en plus le Goncourt (des lycéens) et le Grand Prix de l'Académie Française, voilà qui est des plus inquiétants sur l'état de santé de la littérature française. Elle aussi, décidément, « va moins bien qu'hier et bien mieux que demain. »

            Ce texte somptueux fournit même aux élèves un magnifique slogan :

« On s'en fout, de la grammaire, aujourd'hui ! » dont on peut être sûr qu'il ne sera pas tombé dans de sourdes oreilles. Qu'importe si ce n'est qu'un personnage qui le dit sans avoir l'aval de son auteur (et rien n'est moins sûr) : la focalisation du discours et le statut du narrateur, voilà bien de quoi l'élève moyen se moque éperdument !

D'ailleurs, (et ce n'est pas innocent) c'est bien le même personnage qui énonce cette réjouissante exclamation, qui explique la maladie et qui projette de « changer le monde ». Rien que ça ? Voilà une pépite de grandiloquence qui réussit le tour de force d'allier boursouflure et platitude avec une béate assurance.

 

Il semblerait donc que oui, la langue et la littérature françaises soient elles aussi atteintes de leucodystrophie. Rarement adéquation du fond et de la forme aura été moins pertinente.

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 08:36

 

Lavoisier.jpg

Et une tête de moins, une ! Comme le remarquait un savant après l'exécution : « Il ne leur a fallu qu'un moment pour faire tomber cette tête et cent années, peut-être, ne suffiront pas pour en reproduire une semblable. »

Ce 8 mai 1794, la Terreur révolutionnaire finissante ne languissait pas encore, et Lavoisier, chimiste de génie, après avoir décomposé l'air, finissait décomposé par le fer à 50 ans. Car Lavoisier ne s'intéresse pas qu'aux lois physiques : les lois politiques aussi éveillent son intérêt, et, brillant ici comme là, il développe le système métrique dans l'administration du royaume, et obtient à 26 ans un poste dans la Ferme générale. Il devient donc l'un des 28 Fermiers Généraux, (c'est-à-dire percepteur d'impôt en chef, fonction bien sûr hautement impopulaire), décapités le même jour, dans une belle unanimité.

Ce jour-là, le père de la chimie moderne demande un sursis, le temps d'achever une expérience. Réponse du président du tribunal révolutionnaire : « La République n'a pas besoin de savants ni de chimistes ; le cours de la justice ne peut être suspendu. » Oui da, mon brave, quelle lucidité ! On voit ce que donnent les républiques sans instruction et sans savant : de belles démocraties à la pointe du progrès où la population prospère dans le bonheur.

Il est vrai que sanguinaire et visionnaire vont rarement de pair.

Vrai aussi que dans l'Ancien Régime, il était rare que le loisir, l'instruction et les moyens nécessaires à des travaux scientifiques puissent se trouver sous le sabot d'un cheval de labour ou d'un petit paysan : il fallait être riche pour être savant. Mais tout privilégié ne l'était pas, et au moins celui-ci eut-il le mérite de faire bon usage de sa fortune.

Car non content de découvrir la composition de l'air en baptisant l'oxygène et l'azote, mais aussi l'hydrogène, d'expliquer l'oxydation du métal, il démontre la loi de la conservation de la matière, prouvant qu'elle ne disparaît pas par enchantement après combustion mais change seulement de forme.

Mais celui qui prouva que « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » ne pouvait être apprécié d'un régime dont la devise était alors plutôt : « rien ne se garde, rien ne se réforme, tout se révolutionne (et se sectionne). »

Où poser ses alambics et ses cornues si du passé il est fait table rase ?

 

Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 7 mai 2010

 

 

 

 

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 15:46

Greuze : Le Fils ingrat


Entre la SNCF* échouée sur la grève, l'avion qui se crashe et le volcan qui tousse, les transports des semaines passées ne battirent guère de records de vitesse. Il faut dire qu'avec les tonnes de kérosène qu'on lui postillonne à la figure, il eût été étonnant que la surface terrestre ne finisse par éternuer ! Car la fonte des glaces (due au réchauffement climatique, donc en partie aux transports) diminuant la pression au sommet des volcans islandais, ceux-ci jaillissent joyeusement, comme des bouteilles de champagne sans bouchon. Version aérienne de l'arroseur arrosé : l'enfumeur enfumé.

Sans aller jusqu'à l'austérité mystique de Pascal (le moraliste et mathématicien du XVIIème siècle, pas la star de télé) pour qui « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre », on peut se demander quelle mouche a piqué tant de gens pour qu'ils s'agitent ainsi frénétiquement d'un aéroport bondé à une gare surpeuplée. Entre tourisme de masse et délocalisations insensées, peut-être serait-il temps de revenir à plus de raison ? Qu'y a-t-il donc de si impérissable à l'autre bout du globe qui mérite de déplacer des montagnes de personnes et de fret ?

Comme si l'on voulait croire qu'on pouvait oublier ses soucis et se fuir soi-même en multipliant les kilomètres, alors qu'il est tellement moins cher de pratiquer le « voyage intérieur ». De provoquer des transports de joie et d'émotion en tous genres grâce à un livre, un film, ou simplement un peu d'imagination. 

« S'évader » en pensée. Une belle métaphore. Or « métaphore », en grec, ça signifie « transport » : on transporte littéralement le sens d'un mot de l'abstrait au concret, du propre au figuré. Et c'est drôlement moins lourd que des caravelles d'acier.


Mets ta laine et prends pas froid. Métaphore et prends pas l'train.


Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 30 avril 2010

 

*Après l'Education Nationale - mammouth, voici la SNCF - baleine (échouée).

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 15:33

 

 

 La gastronomie en trompe l'oeil : chefs d'oeuvre ou hors d'oeuvre ? Au plus près du réel, une exposition impressionnante pour papilles et pupilles à découvrir au Musée Le Vergeur. 

Sous le regard placide et bienveillant du couple de marchands soyeux qui observaient la scène depuis le magistral tableau de Jacob Backer, c'est un étrange ballet auquel on pouvait assister jeudi dernier. Un défilé d'apprentis marmitons chorégraphié comme une nuée d'étourneaux au plumage noir et blanc, qui apportaient sans relâche les mets les plus appétissants sur le rectangle nappé de blanc, dans un cérémonial aussi solennel que malicieux,... puisque les chefs d'oeuvre d'architecture culinaire étaient des faux ! Parodiant la pompe empesée des luxueux temples de la restauration, ils déclamaient la recette de ces plats bien trompeurs : « Macarons en plâtre et résine », avant d'ajouter une petite pirouette en rime « Des oeufs durs qui durent » concoctée avec leur professeur de français, M. Médina.

Comme le rappelait M.Alain Cottez, président de la SAVR et directeur du Musée Le Vergeur, «  il est fort logique que le musée accueille un festin, puisqu'il possède encore les meubles de l'hôtel particulier qu'il a toujours été, propriété d'Hugues Krafft, le fondateur de la Société des Amis du Vieux Reims qui y reçut la fine fleur de l'aristocratie européenne. »

C'est donc tout naturellement que la salle d'apparat prêta ses bas-reliefs Renaissance à ce Projet Artistique et Culturel imaginé par Catherine Stevenot, professeur d'art appliqué. Et de fait, le résultat est époustouflant ! L'exposition Au plus près du réel porte bien son nom, car c'est seulement de tout près que l'on peut distinguer le vrai du faux. Or ce soir-là,  préparations comestibles et sculptures en trompe l'oeil étaient mêlées, avec la complicité des professeurs d'art hôtelier du lycée : MM Ferrat, Theenivs et Pèse. Mieux valait exercer ses yeux avant d'user ses dents si l'on voulait les conserver intactes, et discerner qui, de ses papilles ou de ses pupilles, seraient les mieux à même d'apprécier ces plaisirs chatoyants. 


Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 30 avril 2010
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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 15:23

 

Clair de lune, étude à Millbank   Turner

 

Mardi 27 avril à 20h au Conservatoire, le choeur Ars Vocalis tracera en images et musiques le portrait de chaque heure du jour. A voir et à entendre, paysages à la voix, au piano, en photos.


On connaissait les peintres paysagistes : voici le choeur dessinateur. En cela bien aidés par les compositeurs choisis, les choristes dirigés par Hélène Le Roy seront accompagnés par le piano d'Elodie Raimond et les photos de l'UPR (Union Photographique Rémoise) pour illustrer les moments d'une journée à travers chants, sur fond d'images fixes, mobiles ou d'ambiances lumineuses projetées. Une collaboration inédite et une expérience artistique nouvelle menée dans le cadre des concerts de l'ADAC par ce choeur champenois qui innove depuis vingt ans afin de faire découvrir, jusqu'à Aix la Chapelle ou Salzbourg, des compositeurs contemporains sans pour autant oublier les grands classiques.

 « A la différence de la musique instrumentale qui demeure dans l'évocation, la musique vocale portée par le texte est explicite » rappelle Hélène Le Roy. C'est donc tout naturellement, sans le recours à l'extrapolation subjective de telle ou telle atmosphère sonore, que les oeuvres de chacun des douze compositeurs français et allemands interprétés mardi ont trouvé leur place pour scander de leurs palpitations musicales la course du soleil de l'aube au crépuscule : du An die Sonne de Schubert consacré au lever de l'astre jusqu'au Chant de la nuit de Florent Schmitt ou au Nocturne de Joseph Guy Ropartz, en passant par le Soir de Neige de Poulenc, sans oublier Debussy, Schumann ou encore Darius Milhaud, on aura l'occasion d'éprouver le pouvoir de suggérer, par le jeu des polyphonies vocales et les résonances du piano, par l'imagination et le talent des artistes, les variations de la lumière ponctuant l'alternance sans fin réitérée d'ombre et de clarté qui rythme imperturbablement toute existence terrestre.


Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 23 avril 2010







 

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 14:31

 

 

FamineUkraine2.jpg

Enfants ukrainiens en 1933


"Ah, les jolies colonies des goulags..."

Aujourd'hui encore, certains font preuve d'indulgence, presque de nostalgie, envers leurs attendrissantes erreurs de jeunesse et les horreurs perpétrées au nom de cet idéal qui fait tant rêver. Et pourtant, si, la lucidité était possible. Certains ont vu (cf Raymond Aron, L'Opium des Intellectuels. Voir aussi, un siècle plus tôt, les analyses de Bakounine et Feuerbach qui avaient vu, déjà, chez Marx, le père intouchable, la dérive totalitaire inévitable de sa dictature du prolétariat et de sa religion sans dieu).

Ainsi lisait-on récemment à propos d'un documentaire sur "Les Rescapés du goulag" que des Juifs furent sauvés de l'Holocauste "grâce" aux goulags, ces joyeux camps de remise en forme.

Certes, dans le chaos des années de plomb et la loterie des déportations, certains ont pu échapper à la peste en survivant au choléra. Mais est-ce bien honnête de ne pas mentionner aussi que, durant le pacte germano-soviétique, Staline renvoyait à Hitler les Juifs qui fuyaient les persécutions nazies ? Qu'il déporta des dizaines d'ethnies rétives à la collectivisation de ses républiques dans les mêmes wagons à bestiaux, les rayant simplement de la carte ? Qu'il génocida par une famine organisée entre 4 et 6 millions de paysans ukrainiens en une seule année ? Que les SS prirent modèle sur les goulags ("Vingt ans d'expérience feront toujours la différence") pour construire leurs camps de concentration et leur appareil totalitaire, au cours de voyages d'étude et de stages organisés entre bons camarades ?  Qu'on y envoyait pour des années des ouvriers à cause de quelques minutes de retard à l'usine ? Qu'on y fusillait sans sommation pour un pas titubant de travers dans les rangs, considéré comme une tentative de fuite ? Qu'on pratiquait aussi, dans certains camps et dans les asiles psychiatriques, d'effroyables expérimentations médicales ? 

N'est-ce pas cautionner les pires abominations de sous-entendre que déporter, torturer, exécuter, épuiser aux travaux forcés, génocider, affamer des millions de personnes, c'est "moins grave", "plus humain", si c'est pour une idée généreuse comme le communisme et non à cause de la haine raciale ?

Ca lui fait une belle jambe, au supplicié, qu'il ait été sacrifié au nom de la dictature du prolétariat et pas de son ethnie !

La seule mesure éthique en ces domaines est la souffrance humaine. Toute autre ratiocination est monstrueuse.

Même Poutine s'incline à Katyn, c'est dire ! Mais s'il faut payer chaque massacre reconnu par le crash d'un avion, ça va finir par coûter cher.

 

***

Rappel de quelques modestes bilans approximatifs (pour cause d'archives toujours verrouillées et souvent supprimées) : 

Staline : 20 millions de morts, dont environ 5 millions de paysans ukrainiens affamés méthodiquement en 1933. 

Mao : 60 millions de morts, dont 30 millions lors du Grand Bond en avant de 1958, dix ans avant les défilés d'étudiants maoïstes en mai 1968. Ceux-là mêmes qui continuent inlassablement, la conscience immaculée, de stigmatiser le moindre contradicteur en l'accusant de fascisme.

 

Vous reprendrez bien un peu de décence ?

 


Version longue de l'article publié dans l'Hebdo du Vendredi le 16 avril 2010

 

 

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 14:22

 

AffaireDreyfus-CarandAche.jpg

  13 février 1898 : L’Affaire Dreyfus par Caran d’Ache

Vignette 1 :  Surtout, ne parlons pas de l'Affaire Dreyfus.

Vignette 2 : Ils en ont parlé.

 

Lorsqu'éclate l'Affaire Dreyfus en 1898, les passions déchaînées entre Dreyfusards et Antidreyfusards sont d'une telle violence que le caricaturiste Caran d'Ache illustre le climat tendu avec ces deux vignettes où tout est dit. "Surtout, n'en parlons pas."

Force est de constater en effet que la société française, "patrie de la liberté", est très prompte à fabriquer des tabous. Etrange qu'au pays de Descartes et des Droits en tous genres, cette pratique qui relève de la pensée magique ait tant de succès. Car décréter tabou tel ou tel thème revient à croire que taire un problème suffit à le résoudre, et qu'en parler réveille le pouvoir occulte d'une dangereuse malédiction. Et c'est bien en effet de religion et d'idéologie qu'il s'agit. Ces chantres de la tolérance (les plus prompts à excommunier), ces apôtres autoproclamés de la bien-pensance et de la liberté d'expression (la leur exclusivement) ont pris le relais des bigots d'antan. Tartuffe a encore de beaux jours devant lui : "Cachez ce réel que l'on ne saurait voir".  Magnifiquement ouverts d’esprit, (mais seulement avec ceux qui pensent comme eux), ils bâillonnent le débat d'idées, assènent leurs certitudes ou éludent dès qu'ils sont mis face à leurs contradictions, entretenant la confusion avec une habileté superficielle mais suffisante pour embrouiller les sots. Croyant que le sarcasme et le second degré peuvent tenir lieu de réflexion politique, ils brandissent leur deuxième arme, l'anathème, quand la première ne suffit pas. Il est certes bien plus simple de frapper d'interdit un sujet que d'argumenter. A la moindre velléité de raisonnement dialectique, ils sortent leur album Panini de cartes de partis, et essaient de vous coller sur le dos une étiquette politique qui vous rendra fréquentable ou non. Mais on ne se laisse pas encarter si facilement. 

Hop, encore raté ! C'est ballot !

La bêtise, c'est simple comme un jeu de cartes.


Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 9 avril 2010

 

 

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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 10:20
AlienorAquitaine.jpg

Le mariage avait eu lieu 15 ans plus tôt, unissant un couple royal adolescent : Louis VII (17 ans) épousait Aliénor (14 ans). La jeune héritière apportait en dot au roi de France l'immense Aquitaine. Mais l'austère et ascétique monarque, élevé pour devenir clerc, avait bien du mal à rendre heureuse sa subtile reine grandie à la cour de son duché natal, entourée des poètes et troubadours protégés par son mécène de père : "J'ai épousé un moine, non un roi!", se plaint-elle.
La discorde éclate lors de la 2ème croisade, à laquelle Aliénor accompagne son mari. A Antioche où ils séjournent, Aliénor plaide la cause de son oncle qui gouverne la ville et sollicite en vain l'aide du roi pour rétablir l'ordre. Elle est accusée d'adultère (incestueux qui plus est) avec son oncle. 
Le 21 mars 1152, à la demande du roi, le mariage est annulé par le pape qui invoque de lointaines clauses de consanguinité au 9ème degré. (Eminemment courant dans les familles régnantes, donc simple prétexte.) Funeste erreur !
La reine, à peine trente ans et fort courtisée, reprend sa dot et sa liberté, et s'en va épouser le futur et fringant jeune roi d'Angleterre, Henri II Plantagenêt, apportant au royaume d'Albion tout le Sud-Ouest de l'hexagone, et à ses futurs enfants, héritiers de la couronne anglaise, une ascendance qui leur donnera des raisons de prétendre au trône de France, tragiquement affaibli face à son rival. 
Ce sera l'une des causes majeures de la Guerre de Cent ans qui ravagera la France deux siècles plus tard (1337-1453).
Cent vingt années de villes assiégées et de récoltes saccagées, de famines et d'épidémies, de batailles et d'incendies, de pillages et de viols, parce qu'un royal époux ne sut pas se montrer assez galant avec sa femme bercée de poésie et d'amour courtois. 
On ne dira jamais assez combien ne pas savoir parler aux femmes peut coûter cher.

Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 19 mars 2010
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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 10:15

MarianneBuste.gif

"Certaines femmes sont plus égales que d'autres." Dans l'iceberg de la féminité, une petite part seulement a la tête hors de l'eau, quand le reste des continents la maintient encore noyée.
Ce que les femmes occidentales subissent (écarts de salaires, goujateries diverses,...) reste bien gentillet au regard de ce que des milliards d'entre elles souffrent encore, avant tout en Afrique.
Car ne nous y trompons pas. Contrairement à ce que voudraient nous faire croire les bougies ramollies qui ont remplacé le flambeau des Lumières dont quelques vacillantes étincelles gisent encore à terre : non, tout ne se vaut pas. 
Non, une culture qui excise et infibule ses femmes*, leur infligeant des tortures à vie, n'est pas digne de figurer au Panthéon de la civilisation ! Ne pas confondre culture et barbarie. Au Kenya, des femmes en furent réduites à fonder un village interdit aux hommes pour fuir les violences de leurs époux.
Pas plus qu'interdire à ses femmes de sentir sur leur peau la caresse de la lumière du jour n'est tolérable. Savent-ils, ceux qui cautionnent avec un sourire complaisant ces pratiques, que, dans la panoplie coutumière que cache la burqa, le mari a le droit de priver son épouse de nourriture si elle ne le satisfait pas pleinement sexuellement ? Croient-ils que ça existe, une burqa aux couleurs d'arc-en-ciel ? Que la diversité culturelle et le métissage, les imposeurs de linceul en rêvent ? Qu'ils accepteraient que leurs filles incarcérées sous le tissu se marient avec ceux qui ne se soumettent pas au joug de la Charia ?
L'esclavage a été aboli en France en 1848. Et l'on voudrait que, chassé par la porte, il revienne par la fenêtre, derrière les tchadors et les huis clos familiaux ? 
Il faut dire qu'une génération dont la révolte s'est construite au bruit des percussions et des slogans bien pensants mais mal pensés se laisse duper plus facilement que ceux qui ont bâti la leur autour de la solide colonne vertébrale des concepts et des livres. Hélas aussi, elle crie toujours assez fort pour que ceux qui ont les yeux ouverts gardent la bouche fermée.


*Environ 50 000 femmes excisées vivent en France, et encore trop de petites filles sont mutilées de même, soit sur place (plusieurs procès en témoignent), soit lors d'un voyage au pays.

Publié dans l'Hebdo du Vendredi le 5 mars 2010 
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Published by Anne Paulerville - dans Chronique : La date du jour
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Anne Paulerville

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